‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 79 sur 93 · Î.T? LABYRINTHE DE LA COALITION · texte numérisé non relu

Î.T? LABYRINTHE DE LA COALITION

son nom, son sang, la maison d'Autriche abdique cette majesté impériale et cette suprématie des cours dont elle était si fière. Rien n'avait été entrepris pour sauver Marie -Antoinette lorsqu'elle comparut devant le tribunal révolutionnaire. Elle fut mise à mort le 16 octobre, victime de la politique autrichienne qui ne Tavait faite reine que pour la faire halfr de son nouveau peuple , sacrifiée jusqu'à Téchafaud à l'implacable loi des princesses de sa maison : Austria nubel Lorsque l'événement fiut connu sur la frontière, il y eut quelques discours d'indignation dans les cercles des officiers autrichiens. Clément de Mettemich, alors à ses débuts, composa une dissertation de rhétorique, et se prépara, en vouant à l'exécration du beau monde ce sacrifice d'une archiduchesse, à en sacrifier une autre, dix-sept ans plus tard, aux mêmes raisons d'État. La reine de France n'avait plus de partisans. Marie-Antoinette conservait quelques amis, k Je pleurai avec eux, écrit Fersen... Je ne pouvais penser qu'à ma perte'. « Larmes silencieuses, cachées et tout humaines qui ne tempèrent point l'indifférence de la vieille Europe. Cette Europe était bien réellement corrompue dans ses moelles. Elle étalait, dans le même temps, pour sa condamnation, le spectacle des égarements de la raison d'État et celui de la dépravation politique du cœur. Mallet du Pan n'est qu'exact lorsqu'il écrit : « Les cours ont paru si peu occupées de cette catastrophe, que le public en a bientôt perdu la trace. » Thugut transmit au vice-chancelier cette nouvelle, qu'il qualifia officiellement d'a/fiîgeanie, puis il n'en parla plus*. Marie-Antoinette n'était qu'une femme et une captive : elle n'était plus utile à rien. Les politiques l'abandonnaient à sa destinée. Les Vendéens formaient une armée fidèle, fanatique , redoutable : les politiques qui l'avaient méconnue longtemps ne s'en soucièrent un moment que pour la sacrifier à son tour.

' Fbbibii, 5MV.2i octobre 1793» t. II, p. 06.

* Thu^t à GoUoredo, S8 octobre 1793 ; Viybhot, Thuyui, 1. 1, p. 51.

Les Vendéens appelaient leurs princes : a Venez^ Monseigneur, venez! » écrivaient au comte d'Artois La Rochejaqueleia, La Trémoille, Talmont, d'Elbée, Lescure. Le comte d^A^ tois reçut cette lettre vers la fin d'août ^ Ce n'était plus Tarmëe de Gaston. Parmi les signataires, plusieurs étaient de marque, et le prince pouvait, sans déroger, combattre auprès d'eux. Il n'en trouva pas le moyen. D'autres plus hardis, plus convaincus et moins soigneux de leurs préséances, Tauraient trouvé. Une barque et quelques matelots y auraient suffi. Jacques Stuart, en 1716, Charles-Edouard, en 1745, n'en avaient pas demandé davantage. Mais le comte d'Artois, qui avait le propos chevaleresque, n'avait point l'entreprise hérolîque. Il se rappela que, malgré les flottes de Louis XIV, Jacques II n'était point rentré dans son royaume, tandis que Charles II, de galante mémoire, avait tout gagné à laisser faire les événements, la guerre civile, la diplomatie française et le général Monk. Le comte de Provence approuva, fort soucieux des formes et aussi peu empressé de procurer de la gloire à son frère que celui-ci de s'en acquérir. Us écrivirent à M. d*Harcourt de sonder le gouvernement anglais sur les secours qu*il leur pourrait prêter, et M. de Tinténiac fut envoyé en Vendée pour décider les chefs de l'armée « catholique et royale « à accepter ce secours anglais. Ce n^était point une affaire simple. L'Anglais, pour ces royalistes de l'Ouest, était l'ennemi héréditaire de la couronne de France, et pour ces catholiques, l'apostat et le prescripteur de leur foi. Mais la guerre civile a ses raisons d'État et la guerre religieuse sa casuistique. Les Vendéens se dirent qu'il y avait deux France : la « vraie » , qui était

> PêkpUn inédiit de Pmimje, cités par Louû Blaig, t. XII, p. S55.

GUERRB D'BXTBRMINATION A LA FRANCE. 501

avec eux et avec leurs princes; la fausse, la rebelle et Tusurpée, qui était celle de la République. Si T Anglais venait en aide au roi, c*estrà-dire à la « vraie» France, il cessait d*étre un ennemi, et ce n'était plus trahir que de s*allier à lui. Les Vendéens en vinrent à cette capitulation comme y étaient venus, avant eux, les Huguenots et les Gamisards, et comme y vinrent après eux les catholiques et royalistes irlandais» lorsqu'ils cherchèrent Talliance des républicains antichrétiens de Paris. Toutefois, la méfiance d'Albion subsista dans leurs esprits ; ils voulurent une garantie contre les arrière-pensées de l'Angleterre; ils crurent la trouver dans la combinaison d'un corps d*émigrés que les Anglais armeraient, qu'ils amèneraient sur les côtes et qui serait conduit par un prince français ' .

En même temps que les princes sollicitaient le secours des Anglais» les Autrichiens, sur les instances de Mercy, pressaient les Anglais d'accorder ce secours. Ils en apercevaient enfin l'utilité. Ils offraient de former à Ostende un corps où l'on réunirait « le plus d'émigrés raisonnables qu'on pourrait rassembler »; ils demandaient aux Anglais de transporter ce corps en Vendée. Les Anglais y inclinaient ; mais ils désiraient, auparavant, que les Vendéens se fussent assurés d'un port de débarquement. En attendant, ils leur envoyèrent un convoi « de secours de première nécessité « , qui fut dirigé vers Noir^ moutier, et ils s'occupèrent de concentrer à Jersey les éléments d'une petite troupe, qui ferait une diversion en Bretagne. Le marquis du Dresnay l'organisa, et il s'efforça de combiner ses opérations avec une insurrection que le comte de Puisaye préparait dans les mêmes départements *.

Les princes français y apportaient plus de circonspection que de témérité, et ce n'était point précisément leur rôle. Les

' PviêkYEf Mémoires, Londrei, 1803, t. II, p. 4584M)S. — Madame OB La RoGHEJAOOBLEiti, MémoxreSy p. 189 et suit.

* Mercy à Surhemberg, 8 norembre 170B ; Thchuim» p. 160. — Gobourg \ Wallia, 9 octobre; Thugut à Surbembeig, 16 octobre; Rapport de Surbemberg, s novembre; Rapport de Cobourg, IS novembre; Zeissbsbg, t. III, p. 318, 327, 166, 372-378. — Pdisatb, Mémoires, t. II, p. 257-421, 460, 501. — Corresponr danee inédite du manfuis du Dresnay avec les princes. — - Aff. étrangères.

sot LA 6ITBRRB DB TERRETTB. — 1793.

Anglais, qui faisaient une affaire, y mettaient de la politique, et Ton ne peut s*en étonner. Pitt connaissait les émigrés et leurs chimères; il prit ses précautions. Le 29 octobre, une déclaration royale, adressée aux Vendéens et aux Bretons, marqua les conditions de Tintenrention de FAngleterre. Le roi George considérait la paix comme impossible avec la Convention. Il ne prétendait point s'inuniscer dans le régime intérieur d*un État indépendant, encore moins contester à la France « le droit de réformer ses lois s ; il loucdt Louis XYI d'avoir tenté de supprimer les abus et « d'établir sur des bases solides la liberté personnelle et le droit des propriétés » . Ces réserves faites, il ajoutait : « Le roi promet suspension d'hostilités et amitié, sûreté et protection à tous ceux qui, en se déclarant pour le gouvernement monarchique, se soustrairont an despotisme d'une anarchie sanglante. > La déclaration insinuait que l'Angleterre exigerait de la France « une juste indemnité • et des garanties de paix. Lord Grenville s'en exphqoa plus précisément dans une note qu'il remit, le 15 novembre, au duc d'Harcourt. Le gouvernement britannique, ditril, est disposé à faciliter au comte d'Artois les moyens de se rendre à l'armée du Poitou, mais il y a des « points et des bases • à fixer préalablement, savoir : « l'objet d'une paix générale dans laquelle Sa Majesté trouverait, pour elle et pour ses alliés, satisfaction, indemnité et sûreté future « ; « les moyens d'étabhrun gouvernement légitime, juste et modéré en France, conune le seul moyen d'assurer la tranquillité des autres nations • . Sur ces deux articles, le cabinet de Londres s'en référait à la déclaration royale du 29 octobre. Lord Grenville s'exprima dans le même sens avec Starhemberg ' .

Les alliés voulaient des garanties de paix; ils n'en trouvaient que dans le démembrement de la France et l'établissement de la monarchie constitutionnelle. Us ne séparaient point ces deux conditions. C'est ce qui rendait l'accord impossible entre eux et le Prétendant. Ce prince ne voyait de garan-

' Bi^port da Starhenbeiy, ift aortmbrô i70&; Zbimssm, t. 111, p. 379.

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