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d'Allemagne *. Noël devait demander aux Anglais de garantir A la France nn emprunt de 8 ou 4 millions sterling; il offrirait, en retour, la cession de Tabago et le renouvellement du traité de commerce de 1786; enfin il insinuerait Tidée dune action commune destinée à ouvrir au négoce des deux pays les colonies espagnoles de l'Amérique du Sud. Tel serait le prix dont la France récompenserait la neutralité de l'Angleterre. L'Angleterre y gagnerait la sécurité en Irlande. Quant à la Hollande, Noël rassurerait les Anglais et déclarerait que la France ne soutiendrait en aucune façon le parti révolutionnaire dans cette république. Il éviterait d'échauffer ostensiblement le zèle des sociétés démocratiques, des Amis du peuple en particulier, et il se garderait des fausses mesures qui avaient décrédité, du temps de Ghauvelin, la légation française ; mais il s'attacherait k légitimer par ses conversations privées et par les papiers qu'il répandrait, la révolution du 10 août, en dévoilant les complots ({ai avaient nécessité la suspension du Roi '•
Restait à savoir si Noël serait toléré à Londres, s'il serait reçu par les ministres et s'il aurait quelques chances d'être admis plus tard à déployer un caractère public. Pour se renseigner et pour préparer les voies, le Conseil multiplia les émissaires. Benoit, qui avait naguère négocié en Prusse pour le compte de Dumouriez, fut adjoint à Noël ; Reinhard et Scipion Mourgue faisaient toujours partie de la légation. Ghauvelin fut autorisé à rester. L'Italien Gorani, cosmopolite chaleureux et fécond publiciste, vint à la rescousse à titre de volontaire. On lui remit de l'argent ; il avait du coup d'œil et savait se ménager des relations *. Enfin Talleyrand repartit pour Londres, le 8 septembre. Il se proposait de payer cette faveur en bons conseils et de faire valoir, s'il le pouvait, le grand projet d'affranchissement des colonies espagnoles, esquissé par
> Sur las relations de Danton arec Noël et l'envoi à Londres de Mirgei, consîn de Danton, voir Robi-^kt, Danton émigré, p. 29, 114; Procès^ p. 150, 290.
* Instructions de Noël, 29 août 1792. Cf. t. II p. 419-423, Instructiotts de Chaavelîn, avril 1792.
' Massoci, Affaires éirangèret, p. 262. — - BIabo Momu» Um mmmUuner itmlmn au dix^lmitièm» êiède, Paris, iSST
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Dumouriez, qu'il avait médité et qai devint une de ses conceptions favorites ^ L'attitude de plus en plus hostile de TEspagne y engageait le Conseil*, les conjonctures paraissaient favorables, et Thomme qui semblait destiné à Taccom* plissement de ce dessein était venu se donner à la France.
Le contre-coup de la Révolution française avait été ressenti dans rAmérique du Sud, et les sentiments d'indépendance que la guerre des États-fïnis avait éveillés parmi les créoles s'étaient ranimés. Ces créoles attendaient beaucoup de l'Angleterre ; ils croyaient pouvoir tout attendre de l'Angleterre et de la France réunies. C'est ce que répétait l'un des plus ardents et l'un des plus distingués d'entre eux, Francisco Miranda*. Patriote enthousiaste, admirateur convaincu de la France et de la Révolution, il était venu à Paris prêcher la croisade américaine, après avoir vainement essayé d'y entraîner Pitt. Il savait toutes les langues de TEurope, il en avait visité toutes les capitales, il avait eu des entretiens avec tous les chefs ou meneurs d'États; lié avec Sheridan, avec Fox, avec Priestley, il s'était fait présenter à la grande Catherine. Il se répandit dans le parti de Brissot. Ce dernier le fit nommer maréchal de camp, au mois d'août 1792. Attaché à l'armée de Dumouriez, il trouva dans ce général un homme préparé à l'écouter et décidé à le soutenir dans son projet d'affranchir l'Amérique du Sud. Le Conseil exécutif découvrait dans cette combinaison a un appât » propre « à décider les Anglais à tourner leurs armes » contre l'Espagne, et à « détourner par là l'orage » dont la France paraissait menacée. Lebrun en écrivit à Chauvelin le 14 septembre, a Nous sommes informés, ajoutait-il, que les habitants de la Louisiane désirent secouer le joug. L'Angleterre aurait d'autant plus beau jeu dans ce moment-ci, pour cette conquête, que l'Espagne est livrée à ses propres forces et sans espoir de secours de notre part. » Noël devait propager cette
> Cf. t. II, p 4t».
* Cf. AOLARD, t. I, p. 55.
' Aristiile Rojas, Miranda dans la Révolution françaUë, Caracat, 1889; Gn* lUiUf, Uistoiro du dix^nëUMiàtmê tUde, Induction française, t. VI, p. 61 et suit.
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idée dans le public. On pouvait, à tout le moins, présumer que VEspagpe prendrait peur et suspendrait ses armements contre la France pour s'occuper davantage de protéger ses colonies. Cependant TEmpire s'était décidé à rompre. Gaillard, ministre accrédité près de la Diète, mais éconduit par ce corps, l'annonça le 16 septembre à Lebrun. Il ajoutait : « L'exécution éprouvera des lenteurs inévitables. D'après un examen réfléchi de la situation des cercles, je crois pouvoir assurer que l'Empire n'est pas en état d'inquiéter la France avant la fin de cette année. » Une politique adroite pouvait ralentir davantage ces mouvements. Avant que les troupes des cercles fussent rassemblées, quelques spéculateurs se flattaient de diviser la coalition et d'en détacher, avec la Prusse, la plus grande partie du corps germanique. Ces négociations semblaient s'offrir à Paris même, dans les alentours du ministère. L'agent qui gérait provisoirement la légation française aux Deux-Ponts, Desportes, tête assez écervelée, très empressé de se faire valoir, se disait en mesure de nouer secrètement avec la Prusse. — « On m'a vanté votre génie et votre patriotisme, écrivait-il à Lebrun le 3 septembre. Vous pouvez faire briller l'un et l'autre et vous couvrir d'une gloire immortelle en enchaînant aux pieds de la France le plus redoutable de ses ennemis. » Brunswick est revenu de ses illusions. « Ce héros n'a jamais aimé l'Autriche. » La France est, à ses yeux, la véritable alliée de la Prusse. -— Ces vues sur la Prusse étaient celles de tous les hommes qui^ dans le parti de la Révolution, se piquaient de connaître TEurope. Elles survivaient à la déclaration de Pilnitz, à Talliance autrichienne, au manifeste de Brunswick, à l'invasion même. Le baron prussien Anacharsis Glootz avait, le 12 août, dans une lettre à l'Assemblée, flétri « les satellites du Sarda* napale brandebourgeois » ; mais il ajoutait aussitôt : « Tous les Prussiens éclairés partagent les sentiments du prince Henri, des généraux MôUendorfiF, Kalkreuth et Schlieffen. L'opinion du ministre Hertzberg, d'abord flottante, est décidément favo* rable à la France. Berlin et Paris s'accordent parfaitement dans l'aversion des tyrans lorrains. »
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Tout ce qu'il y avait en France et en Allemagne d'émissaires en disponibilité, d'intri{jants sans emploi, de publicistes en quête, de fureteurs à jeun, de correspondants de gazettes, d'initiés en sous-ordre aux secrets de Louis XV ou à ceux de Frédéric, se mettait en campagne, flairant l'occasion, avide de s'illustrer et de s'enrichir en contribuant à rétablir la paix entre Paris et Berlin, pour le plus grand bonheur de l'humanité, le plus grand avantage des hommes éclairés, la plus grande difiîision des lumières et la plus large extension de la puis» sance prussienne, choses que ces empiriques ne réparaient jamais dans leurs propositions. C'est le caractère significatif des plans formés alors en vue de la paix d'Allemagne, que la condition nécessaire et la conclusion en sont toujours l'agrandissement de la Prusse. «Les vues de Votre Majesté doivent se porter sur la Bohème, sur la Moravie et sur les trois principautés de la Silésie qui restent encore à la maison d'Autriche. Ces États conviennent à Votre Majesté. Us lui appartiendront quand Elle le voudra. « Ainsi opinait le Moniteur de Paris ; cette gazette célébrait encore : « La grande vue d'une ligue germanique, projet sublime que le roi de Prusse ne doit jamais négligera «
Le résident de Prusse à Cologne, Dohm, parait avoir tenu dans ses mains la plupart des fils de ces mtrigues. C'était une ancienne connaissance de Lebrun. Publiciste enrôlé autrefois par Frédéric dans sa diplomatie, Dohm appartenait à la classe « des Prussiens éclairés « , ce qui ne l'empêchait pas d'être, en même temps, un Prussien fort délié. Très activement mêlé aux affaires de la Confédération des Princes, ami du major Mauvillon, connu de Mirabeau, intelligent, remuant, phrase\ir, un des boute-feu de la réaction stathoudérienne en Hollande contre le parti français^ de la révolution belge contre le parti autri< chien, de la révolution liégeoise contre le prince-évéque, zélateur emphatique des Droits de Vhomme, zélateur pratique des prétentions de la Prusse, il était de ceux qu'une haine oommuna contre la cour de Vienne désignait à l'aveugle
* Lettre de Gortni an roi de Proiae, 18 join. Moniteur, 15 juillet 1772, I. XIII, p. 1S9
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confiance des Français disciples de Favier. II les endoctrinnit, s'engageait à leur ouvrir les portes secrètes de la chancellerie prussienne, leur fournissait des idées et faisait lancer par eux celles qu'il mettait sa gloire à suggérer dans Tintérét bien entendu de son maître.
C'est de cette officine que paraît sortir un mémoire adressé à Lebrun, le 15 septembre, par un Allemand ami de la France.
■ Il faut, écrivait cet insidieux donneur de conseils, reprendre les négociations du maréchal de Belle-Isle avec Frédéric II; ils avaient résolu et concerté la ruine de TÂutriche au profil de la Prusse, ils s'étaient promis de lui donner le coup de grâce, et de montrer à la Prusse qu'elle ne peut jamais arriver au plan de puissance prépondérante et dominante en Allemagne qu'en perdant TAutriche par le secours des Français, à Tavantage de la Prusse, de la Savoie, et, s'il le faut, du Hanovre. » Une note rappelait à Lebrun un dessein plus ancien de Frédéric-Guillaume I*', père du grand Frédéric.
■ Ce plan consiste dans le projet de devenir non pas empereur, mais roi de la Germanie jusqu'au Rhin, laissant i la France de s'emparer de tout ce qui est au delà du Rhin... » Cette note était peut-être d'un historien hasardeux» mais l'auteur montrait au moins quelque sens et quelque préoccupation des intérêts français. Les autres faiseurs de projets payaient uniquement la France en monnaie philosophique. Ainsi un projet d'alliance intitulé : Question à résoudre au conseil. L'alliance comprend trois chapitres; le premier est celui de la France : le roi de Prusse reconnaît solennellement la souveraineté du peuple français et lui fait amende honorable de Tavoir attaqué injustement; le second est celui de l'humanité : la France et la Prusse reconnaîtront et défendront de concert Tindépendance du Brabant ; le troisième, qui contient toute la moelle de Touvrage, est le chapitre de la Prusse : a La France s'engagera à ne rien prétendre sur les provinces de la maison d'Autriche qui, étant à la conrenance du roi de Prusse, auraient été conquises par les armes combinées de cette puissance et de la France qui persiste
à renoncer aux conquêtes. » Ces documents forment le lien entre la tradition faussée de Tancienne politique royale et la tradition décevante de politique nationale qui tendait à sortir de la Révolution ^ La République allait, par un étrange phénomène d'atavisme, s'approprier, en Texaltant, la rivalité héréditaire des Bourbons contre la maison d'Autriche.
L'Autriche n'avait point laissé de hasarder quelques avan« ces, ou, pour être plus exact, des amis de cette cour avaient essayé de tàter, à son profit, des négociations. Ces tentatives se reproduisirent à différentes époques ; elles furent toujours gauches, fugitives et aussitôt déconcertées par les Autrichiens que hasardées par leurs officieux. Elles vinrent d'abord de la Toscane. Le grand-duc Ferdinand était un souverain intelligent, les principes de la Révolution ne le troublaient pas: mais il redoutait fort les suites d'une guerre révolutionnaire en Italie. Il tenait à conserver à ses sujets et à leur commerce de Livoume les bénéfices de la neutralité. Son ancien précep teur, devenu son principal conseiller, Manfredini , que sa liberté d'esprit, ses ■ lumières « et son goClt pour les philosophes avaient fait qualifier de « vertueux » , l'encourageait dans ces vues. Il y avait ramené le sénateur Serristori , qui gérait les affaires étrangères du grand-duché. Le rôle de pacificateur tentait Manfredini. Cet Italien y aurait mis très volontiers sa gloire, et il apportait avec une inclination sincère pour la France, une réelle noblesse d*esprit. Il était bon Européen; il le montrait en toute occasion. On le savait à Paris, et l'on entretenait autant qu'on le pouvait ses bonnes dispositions.
K C'est un des objets de votre mission » , écrivait le ministre au dernier agent envoyé à Florence *, « de se ménager, dans le cac où il y aurait quelque ouverture à faire ou à recevoir, un intermédiaire secret sur les principes et l'influence duquel il fût possible de compter. » Après le 10 août, la Toscane
> Cf. t. I, p 306 et tniT. ; t. H, p. 578 et tuiv. — Talleyrand à Sieyèt, S7 octobre 1708; Pallair, op, cU,, p. 300. * Inttnictiont de La Gofte, 10 juillet 1701.