CHAPITRE XXV
facile d'exalter, d'exploiter; c'est enfin que rien ne saurait remplacer la liberté quand l'heure de la liberté a sonné. Les princes de l'Allemagne l'apprendront à leur tour, eux qui, en 1815, ont bâillonné la liberté naissante de leur patrie sous le prétexte menteur que l'Allemagne devait tout sacrifier au besoin de défendre son indépendance et sa nationalité contre les armes de la France. L'Autriche et la Prusse, investies des principaux rôles dans cette tragi-comédie politique, vinrent tout effarées frapper à la porte de la confédération du Rhin. « Ouvrez, crièrent-elles, ouvrez; nous accourons pour vous protéger contre le despotisme et ta conquête. » Et ces prétendus protecteurs des droits des peuples allemands eurent soin de laisser une partie de leurs Etats en dehors de la confédération, afin de se réserver la faculté d'engager l'Allemagne dans des guerres entreprises sans son consentement.
Pour masquer un peu une telle combinaison, l'Autriche et la Prusse ne l'appliquèrent pas à elles seules. Le royaume des Pays-Bas, qui comprenait alors la Belgique, entra dans la confédération pour le grand-duché de Luxembourg, le Danemark pour ses duchés de Lauenbourg et de Holstein. Ces Etats peuvent faire la paix et la guerre sans consulter la confédération, si cette paix ou cette guerre a
pour objet des territoires non confédérés, quoique toute l'Allemagne soit tenue de défendre tout territoire confédéré qui serait par là en péril. Ainsi, dans une guerre qu'il aura plu au Danemark de vous déclarer pour sa colonie de Saint-Thomas ou de Saint-Martin, vous vous mettez toute la confédération sur les bras si vous entrez dans le Holstein ou le Lauenbourg. De même pour la Hollande, si, pour repousser la plus injuste des agressions, vous touchez au Luxembourg. L'Autriche peut faire tant qu'elle veut la guerre en Italie, en Hongrie; elle est assurée que tous les confédérés auront à venir à son secours si la victoire vous conduit à Vienne ou en Bohême, ou en Moravie, ou seulement à Trieste. La Prusse, pour se donner une chance toute pareille, n'a engagé dans la confédération ni sa province de Posen, ni la province de Prusse proprement dite, et l'on n'a pas oublié qu'en 1848 Frédéric-Guillaume revint sur cette mesure, afin de prouver qu'il n'entendait plus être qu'un roi purement allemand.
L'organisation intérieure de la confédération répond parfaitement à la combinaison que nous venons de décrire.