‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 11 sur 165 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sinon encore formellement abolie en droit. Ce domaine se compose, en outre, des successions en déshérence. Il peut facilement être réuni au domaine public et soumis aux mêmes réformes administratives.

Le domaine particulier du sultan donne certainement lieu à des abus, mais ce domaine pouvant être supprimé d'un mot, il n'y a pas lieu de voir là un obstacle sérieux à la réforme. Il en faut dire autant des apanages delà sultane mère, des princes et princesses de sang impérial. Quant aux domaines affectés à certains emplois viziriels, c'est un mode de rétribution abusif et suranné dont un trait de plume a fait ou fera raison.

Ce qu'il y avait de vraiment dangereux dans l'organisation des propriétés domaniales, c'était le fief militaire. Cette espèce de fiefs devenus extrêmement nombreux, et que leurs possesseurs avaient réussi à rendre héréditaires, ont été formellement abolis par Mahmoud, et les biens qui les composaient sont, pour la plupart, rentrés au domaine public par l'extinction des titulaires.

Sans anticiper outre mesure sur l'avenir, on peut donc affirmer que la propriété beaucoup mieux organisée dans l'empire ottoman qu'en Russie est prête à se ranger sous un droit commun, n'ad-

mettant aucune autre exception que celle du domaine de l'État; car, encore une fois, les vacoufs peuvent être facilement supprimés en assurant sur le budget un entretien convenable aux mosquées. Mahomet n'a point établi de clergé; les ulémas sont des docteurs en droit, non des prêtres.

Aussi, qu'on en soit bien convaincu, est-ce la réforme de la justice en Turquie qui aie plus inquiété les Russes. Ils la jugeaient d'abord impossible ; mais ayant vu le progrès des tribunaux mixtes, ils on pensé avec raison qu'un pays où la propriété avait une ferme assise naturelle, et qui ne résistait pas absolument à une organisation judiciaire, séparant à un degré acceptable le spirituel du temporel, était un pays perdu pour la conquête. La nécessité leur a donc paru urgente de se jeter à la traverse de cette réforme en obtenant par la menace ou par la force un protectorat qui leur permît de raviver les anciennes haines religieuses, et de recreuser la distinction légale qui s'efface déjà partout ailleurs que dans l'armée entre les sujets musulmans et non musulmans de la Porte-Ottomane.

Le calcul fait ici par les Russes est un des plus odieux parmi ceux qui se rencontrent dans l'histoire du monde, toute semée de choses odieuses, considérées autrefois comme des habiletés politiques.

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