‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 111 sur 165 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

que quatre membres qu'on n'aurait pas dû y laisser entrer sans conditions. Mais l'idée d'une Allemagne une et indivisible formant, non une fédération, mais un État fédéral; cette idée d'où devaient sortir toutes les fautes, tous les malheurs, toutes les déceptions de la révolution allemande, régnait déjà impérieusement à Heidelberg. Il y avait à faire une chose pas trop grande, pas trop difficile : reconstituer suivies bases territoriales de 1807 et de 1809, moins le duché de Varsovie, bien entendu, l'Allemagne qui n'est ni prussienne ni autrichienne, puis négocier, en s'appuyant sur la France et sur l'Angleterre, celle-ci toujours disposée à régulariser un mouvement populaire, pour établir des rapports politiques et commerciaux avec les deux grandes puissances laissées en dehors de la confédération. Mais quand il vient de secouer les liens du passé, l'homme est ainsi fait qu'il dédaigne l'amélioration relative qui est sous sa main pour s'élancer vers les buts lointains et grandioses, oubliant que son corps n'a pas des ailes comme sa pensée.

Ce projet était d'autant plus réalisable, qu'entre la réunion de la commission d'Heidelberg et la réunion de l'avant-parlement appelé par cette commission pour formuler la loi d'élection d'une constituante allemande, c'est-à-dire entre le 5 et le 31

mars, des faits immenses s'étaient accomplis. Le 13, une révolution avait éclaté à Vienne, d'où elle avait chassé M. de Metternich; le 18, le peuple de Berlin victorieux avait obligé Frédéric-Guillaume à se déclarer roi purement constitutionnel; le 21, le roi de Bavière avait dû abdiquer en faveur de son fils, et le 24 avait éclaté dans les duchés danois une insurrection qui, mieux comprise, eût pu donner force à l'Allemagne constitutionnelle contre la Prusse et l'Autriche. Ce n'était pas, d'ailleurs, en Allemagne seulement que le mois de mars avait été marqué par des conséquences de notre révolution de février. Le 4 mars, Charles-Albert avait promulgué en Piémont le statut qui fit plus tard le salut de ce pays dans la défaite; le 15, le pape avait donné une constitution parlementaire aux Romains; le 23, Charles-Albert, développant la pensée de son statut, faisait appel aux Lombards au nom de l'indépendance italienne, et le 25, un parlement insurrectionnel s'était ouvert en Sicile. En face de tels événements, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche se montraient humbles et conciliants envers l'Allemagne, et l'avant-parlement, — Dieu l'absolve d'une telle illusion! — imagina qu'une constituante allemande ferait marcher à coups de décrets les Habsbourgs et les Hohenzollerns dans la voie de la liberté légale.

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