CHAPITRE XXVI
Composé de tous les députés des chambres allemandes, cet avant-parlement comptait 141 membres prussiens, Frédéric-Guillaume ayant octroyé le 8 février 1847 une manière de constitution à la Prusse sous le titre héraldique de patente royale; à ces 141 Prussiens s'étaient réunis 84 membres de Hesse- Darmstadt, 72 de Bade, 51 du Wurtemberg et 9 du Holstein. Une telle distribution de voix n'était pas rationnelle. Cependant tout sembla d'abord aller à souhait.
Le 1er avril, l'avant-parlement décrète l'émancipation des juifs et décide que la constituante sera élue par le suffrage universel direct. L'Autriche et la Prusse approuvent ces deux décisions. Le 3, le comte de Colloredo vient déclarer à l'avant-parlement que la diète germanique a aboli toutes les lois d'exception et modifié son personnel. Sans s'arrêter à cette génuflexion des anciens maîtres, le président de l'avant-parlement, M. Mittermaïer, met aux voix une proposition de M. Soiron de Manheim, ainsi conçue : « Il n'appartient qu'à une assemblée du peuple de constituer l'Allemagne. » Et par l'adoption de cette proposition le principe de la souveraineté populaire est proclamé. La diète germanique, naguère si hautaine, s'humilie de plus en plus et déclare avoir voulu accomplir la réforme constitu-
tionnelle : le temps lui avait fait défaut, non la bonne volonté. C'était à croire qu'à peine commencée, la révolution allemande allait être achevée.
Il était facile toutefois, au milieu de ces apparences de succès, d'apercevoir les fautes qui devaient causer la ruine de la liberté allemande, ainsi bâclée pour employer une expression entrée depuis 1830 dans le langage politique.
Frédéric-Guillaume ne se dessaisissait de son cher droit historique, et n'arborait une large cocarde fédérale, rouge-noir et or, que dans la pensée d'édifier subrepticement un empire prussien. Il ouvrait un piège où, attirée par l'appât d'une unité actuellement irréalisable, il espérait prendre une grande partie au moins de cette Allemagne qui n'est ni prussienne ni autrichienne.
Quant à l'Autriche, dont la politique a pour essence l'oppression des races les unes par les autres, il était évident qu'elle ne saurait accepter une unité allemande emportant par voie de conséquence logique la dissolution de l'empire des Habsbourgs. Le baron de Pillerdorf pourrait bien copier la constitution