CHAPITRE XXVUL
tout plus diversifiée que celle qui a été opposée aux aimées alliées. Il a été mis également en évidence que si la politique de Pierre Ier, de Catherine, do Nicolas, a été arrêtée dans ses développements immédiats, ses tendances n'ont point été changées, et que c'est pour l'Europe un devoir d'autant plus étroit d'agir, qu'un nouveau matériel naval permet de porter directement la guerre sur le territoire de l'État, qui, bien que menacé à son tour, reste une menace perpétuelle pour tous les autres. — Enfin, il a été assez clairement établi que l'alliance occidentale a sa raison d'être dans un ordre nouveau d'intérêts et de faits.
Les explications qui restent à donner pour montrer que l'empire ottoman peut se reconstituer et se régénérer s'il est franchement assisté par la France et par l'Angleterre sont d'une nature plus délicate. Ces explications touchent aux questions religieuses, et nombre de personnes d'un esprit d'ailleurs trèsferme et très-éclairé considèrent comme un danger toute discussion sur un tel sujet. Je respecte les scrupules de ces personnes et m'appliquerai à ne pas les blesser, autant que le permettront les droits de la vérité, telle que je la comprends. Il me suffira de faire observer au préalable que la religion et les religions sont choses fort différentes.
L'auteur le dira donc sans périphrase, il est étrange que nous, les fils de Voltaire, les conquérants de l'Algérie où nous n'avons écouté aucun des vieux préjugés des fils des croisés contre l'islamisme, nous tenions les Turcs en dédain et plus en anti pathie que nous ne voulons nous l'avouer à nousmêmes. Cependant amis et adversaires le reconnaissent, les Turcs sont braves, sont probes ; ils appartiennent comme nous à la grande race caucasique qui seule, parmi les races humaines, est douée de l'instinct du progrès. Qu'est-ce donc qui nous empêche de nous aimer et de nous traiter en frères?
Un préjugé classique, d'abord. Quiconque a fait ses humanités se croit obligé de détester les Turcs, qui ont conquis la Grèce, en ont dédaigné la littérature, détruit ou méprisé les chefs-d'œuvre artistiques. Certes, c'est un tort grave et qui plus est un signe que les Turcs n'apportaient dans le gouvernement du monde auquel ils prétendaient, qu'une intelligence mutilée. Ce tort ne peut-il être réparé? Ce signe est-il ineffaçable? Je ne le pense pas.
Les sectateurs de Mahomet lui doivent toutes leurs grandeurs et toutes leurs misères. C'est ce qui, du reste, est arrivé aux sectateurs de Moïse et à nous, qui nous appelons les fils du Christ, avec cette différence que d'âge en âge nous nous sommes affran-