‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 125 sur 165 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

chis des liens du dogme dans la vie civile. Les fondateurs de religions ne font pas ce qu'ils veulent ; ils font ce qu'ils peuvent. Moïse, arrachant les enfants de Jacob à la captivité, avait à combattre en eux l'esprit de retour vers l'Égypte et ses marmites pleines de viande, dont ils mangeaient tout leur soûl au prix de leur indépendance. Il déclara son peuple choisi de Dieu, le rendit exclusif et par là causa sa perte. Christ, qui savait que Rome ne permettrait pas qu'une religion de vaincus s'ingérât de gouverner le monde, déclara la séparation du spirituel et du temporel, et par là força le dogme immobile de faire une place à l'esprit qui marche traînant l'univers après soi. Venu le dernier, Mahomet avait à se garder à la fois des juifs, des chrétiens et des idolâtres de l'Arabie. Il dut déclarer que tous les règlements de la vie sociale étaient dans le Koran, et ne laisser aux autres religions que le droit de subsister en se soumettant et en payant tribut.

En principe, c'était la domination d'une religion, ce n'était pas la proscription des autres. La tolérance est au fond du Koran; ce qui n'y est pas, et

n'existe que depuis bien peu de temps chez nous, nalions occidentales, si dédaigneuses de l'islamisme, c'est l'égalité des cultes devant ta loi. Etablir cette égalité est une entreprise difficile, car Mahomet a fait tout ce qui dépendait de lui pour empêcher la séparation de la loi civile et de la loi religieuse. Cependant l'auteur de ce livre est de ceux qui croient au succès du hatti-houmayoun. Le christianisme avait réussi à s'emparer de la meilleure part de la fortune immobilière des nations. Il arrêta durant des siècles le développement de la fortune mobilière, en condamnant comme péché mortel le prêt à intérêt. Les actes de l'état civil, naissance, mariage, mort, étaient tous attachés à des sacrements dont les prêtres seuls disposaient. L'extermination des hérétiques était , de par l'église, de devoir étroit pour les gouvernements, et les menaces les plus terribles commandaient d'unir le glaive temporel au glaive spirituel. Tel a été l'état de choses d'où nous avons eu à nous délivrer pour monter à ta civilisation où nous sommes arrivés.

Nous avons été non-seulement intolérants, mais persécuteurs atroces; les Turcs n'ont été que des dominateurs insolents et malhabiles. Pourquoi ne s'éclaireraient-ils pas comme nous nous sommes éclairés, et n'en viendraient-ils pas à conduire la

Page 1