CHAPITRE XXVIÏÏ
Condamner les Turcs, en partant de différences qui choquent nos habitudes et nos passions, est plutôt fait qu'étudier les causes de ces différences afin de trouver les moyens de les modifier autant qu'il convient pour qu'elles s'ajustent aux nécessités d'une réforme déjà vaillamment commencée; mais cela est-il juste, cela est-il politique?
A voir le peu de ménagements que les Occidentaux ont montré pour les préjugés des musulmans, on eût dit que, Français et Anglais, nous sommes exempts de préjugés religieux et autres. Nous n'avons pas même ménagé ce qu'il y a de plus susceptible chez les peuples, l'amour-propre de leurs soldats. Ces soldats avaient vaincu les Russes pendant un an sur le Danube. Nous ne leur avons fait aucune place pour frappera côté de nous sur Sébastopol. Que les exigences vaniteuses d'Omer-Pacha, voulant trancher du généralissime, aient été pour beaucoup dans le rôle assigné à l'armée turque, on doit le reconnaître; mais on pouvait demander le rappel de ce pacha et placer l'armée ottomane sous les ordres du général en chef français. Pour faire quelque chose de cette armée on l'a envoyée au secours de Kars où elle n'a pu arriver faute de moyensde transports, de même que, faute de moyens de transports, nous n'avons pu prolonger un mouvement par notre droite après la
chute de Sébastopol et monter sur les hauteurs de la Tchernaïa. Il y a eu là un de ces cas de force majeure auxquels les généraux ne sont pas tenus de pourvoir et qui restent à la charge des gouvernements. Et néanmoins oubliant les victoires d'Oltenitza, deCitate, le siège triomphant de Silistrie, l'armée ottomane a été livrée aux dédains de la presse d'Occident pour n'avoir pu, malgré une bataille gagnée, ravitailler Kars où, toujours vaincus par les armes, les Russes ont enfin été vainqueurs par la famine.
Je m'arrête. Le désir d'être juste envers les Turcs ne saurait me faire oublier que le service rendu à l'empire ottoman vaut tous les prix qu'on y a mis, quoiqu'une partie de ces prix eût dû lui être épargnée. Musulmans et chrétiens d'Orient sont tenus d'une éternelle reconnaissance envers les nations occidentales. Cette reconnaissance, je voudrais d'autant moins l'affaiblir que l'empire des sultans a besoin d'un long et bienveillant appui pour se reconstituer. L'auteur, dans ses paroles, dans sa pensée intime, a pour but simplement de montrer