CHAPITRE XXIX
liens du rit grec, sans compter les Arméniens schismatiques. L'erreur a pourtant ici une explication presque naturelle.
Le clergé français, — je me sers de ce mot pour aller au plus court, sachant très-bien qu'il n'existe plus chez nous aucun corps ayant droit au titre de clergé dans le sens que ce mot présentait avant 1789, — le clergé s'était résolûment prononcé pour le 2 décembre et pour l'empire, qui, de son côté, ne désavouait pas la pensée d'avoir entrepris l'expédition de Rome pour rétablir le pouvoir temporel du pape, comme nécessaire à la dignité de l'Église. Il y avait là une apparence de solidarité, d'appui mutuel, apparence fortifiée par l'article de la constitution qui déclare les cardinaux membres nés du sénat, de même que les maréchaux et les amiraux de France. L'autorisation donnée aux é êques de réunir des synodes diocésains semblait, de plus, une sorte de soumission à une prétention contenue et désormais victorieuse. Pour ne pas glisser dans Terreur où se laissa aller notre ambassade, il aurait fallu examiner la valeur des droits politiques octroyés aux cardinaux, et des permissions données à 1 épiscopat, comparativement avec la valeur des pouvoirs que l'empereur s'était réservés. Les diplomates sont en général trop discrets
pour se permettre de regarder les choses d'aussi près. Quand on ne leur livre que des apparences, ils en vivent philosophiquement.
L'Angleterre s'y laissa tromper aussi un moment, La conduite peu loyale du saint-siége touchant les circonscriptions catholiques établies sans le consentement du gouvernement britannique, on peut même dire à son insu, l'interprétation hautement donnée à l'expédition de Rome, firent penser aux ministres de la reine que le nouvel empire fiançais ne suivrait pas en Orient une politique indépendante des vues de l'Église romaine. Lord Russell, alors chef du cabinet anglais, laissa du moins percer une telle crainte dans les explications qu'il donna à la Chambre des Communes sur l'attitude prise par les puissances dans la question orientale. A peine les explications du gouvernement anglais furent-elles connues qu'il s'opéra un changement à vue dans la politique des Tuileries. L'arrangement conclu pour les lieux saints fut mis au second rang; toute guerre de religion fut flétrie du nom de guerre de barbares, et les puissances occidentales déclarèrent que si elles tiraient l'épée ce serait pour la défense de la civilisation et de la tolérance.