‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 158 sur 165 · CHAPITRE XXXH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXH

suffisamment prouvé ou allaient leurs sympathies et leur volonté souveraine. Le situation de l'Italie est donc celle-ci :

Au nord, le régime représentatif en plein exercice; au sud, ce même régime existant de droit et suspendu de fait, malgré les vœux de tout ce qui mérite le nom de peuple ; au centre, l'Autriche et ses agnats, le saint-siége et ses monsignori gouvernant des populations qui aspirent aux libertés, aux droits dont le Piémont est en jouissance.

La vieille politique italienne est morte. Un hoaïme de l'intelligence de Machiavel n'imaginerait plus aujourd'hui qu'il n'y a rien entre l'ancienne liberté romaine et le despotisme du prince. Sans doute il y a encore en Italie des Piémontais, des Lombards, des Vénètes, des Toscans, des Romains, des Romagnols, des Napolitains, des Siciliens, comme, avant notre grande révolution il y avait en France des Bretons, des Angevins, des Normands, des Provençaux, des Gascons, des Béarnais, des Alsaciens, etc.; mais la pensée de l'unité et de l'égalité domine de l'autre côté des Alpes, de même qu'elle dominait de celui-ci avant d'être réalisée. L'unité est faite dans les esprits : reste à la faire passer dans les faits de gouvernement.

La part de l'imprévu est trop grande pour qu'il

soit sage d'enfermer une prévision politique dans des dates. Je dis donc seulement que si l'Autriche perdait demain une bataille en Italie, tout est prêt pour la formation de deux États italiens ayant les Apennins pour limites, et tout disposés à se lier par la fédération. De là à l'unité complète il n'y a qu'un pas, et les Italiens sauront sans doute le faire à propos. En politique pour les peuples et pour les gouvernements, l'opportunité, est la condition sine quâ non du succès.

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