CHAPITRE XXXII
l'Italie, les mots célèbres « l'Italie fera par ellemême » étaient de nobles et loyaux moyens de guerre, mais la guerre n'avait pas seulement pour but d'expulser les Autrichiens. L'expulsion accomplie, il fallait créer un gouvernement acceptable par toutes les parties de l'Italie du nord, et comment un tel gouvernement eût-il été possible, si l'occupation française n'avait pas roulé son niveau administratif et légal sur des Etats qui tous, il y a moins de soixante ans encore, prétendaient vivre d'une existence séparée et suivre les inspirations d'une politique personnelle?
Pourquoi la Toscane et l'État romain ont-ils tendu si naturellement à se réunir? Évidemment parce que l'idée française y avait déposé les germes d'une législation uniforme. Et si la lettre au colonel Ney, demandant l'établissement à Rome des codes français et de la liberté des cultes a été, est encore l'objet de quelques espérances, n'est-ce pas que Rome a été une ville française, et qu'un décret de 1812, laissé sans exécution par la coalition triomphante, a supprimé le pouvoir temporel des papes? Si la Sicile a vivement désiré le rétablissement de sa constitution semi-féodale de 1812 et souhaite d'être séparée de tapies, c'est que la Sicile a gardé des idées qui ont disparu à Naples dc-
vanl l'action d'un gouvernement issu de la France.
Tant que les idées résistent aux faits, ceux-ci n'ont qu'une valeur toute matérielle devant laquelle ne plient jamais les âmes fières; mais alors que les idées se sont ajustées aux faits, la question change. Ce n'est plus la justice des faits à leur origine qu'il faut considérer avant tout et absolument, c'est la valeur des idées qui se sont attachées à ces faits pour modifier les uns et sanctionner les autres. - Malgré certaines dissidences entre la Sicile et Naples, les Deux-Siciles sont mûres pour le régime constitutionnel, l'égalité civile et politique. L'opposition à ce progrès est le résultat de passions locales que la communauté de droits et d'intérêts ne saurait manquer d'éteindre promptement.
Dans l'État romain, le pouvoir temporel du saintsiége n'a plus de racine ni dans les cœurs ni dans les esprits ; une souveraineté d'honneur, laissée au pape dans la ville et la banlieue de Rome, répond à toutes les exigences légitimes de la religion et satisfait à celles de la politique.
La Toscane roule dans le même orbite politique que l'État romain, et s'il se rencontrait des dissidences du côté de Modène, elles ne mériteraient pas d'être comptées.
En 1848 et 49, la Lombardie et la Vénétie ont