‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 16 sur 165 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tion en génération, mais ils ont la plus grande part dans les richesses de l'empire. Ce n'est pas tout, près de 6 millions d'entre eux, les Moldovalaques et les Serbes jouissent, quant à la propriété, d'un privilège que je n'hésite pas à qualifier d'exorbitant. Dans les provinces du Danube et dans la Servie aucun musulman n'a le droit de posséder un immeuble ni même un établissement commercial permanent, tandis qu'il est parfaitement loisible aux habitants de ces principautés de posséder et de commercer en Turquie. Que cette énormité ait eu des raisons d'être au jour de son établissement, je n'ai pas le dessein de le contester, mais son existence et l'insignifiance pécuniaire du tribut n'en déposent pas moins que si les principautés ont subi en dernier lieu des persécutions, c'est de la part de leurs protecteurs chrétiens.

Or, imagine-t-on que la Russie espérait que la vérité, relativement à la propriété, à l'administration de la justice, au privilège des principautés, resterait indéfiniment méconnue? Non, il fallait qu'au moyen d'un protectorat religieux, impliquant une action politique, à l'aide des attributions judi-

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ciaires données aux prêtres, le czar devînt l'empereur chrétien de l'Orient, ou qu'il jouât le grand coup de la partie commencée par Pierre Ier et continuée par ses successeurs. Devant des concessions qui l'auraient rapproché quoique lentement du but, l'empereur Nicolas pouvait remettre ou laisser Tépée au fourreau ; devant un refus, la guerre était pour lui une nécessité, car si l'on reconnaissait que le droit souverain du sultan est aussi entier au point de vue politique et administratif sur les chrétiens que sur les musulmans, comment dissoudre l'empire, en prenant la religion comme signe caractéristique des nationalités? Une circulaire, en date d'octobre 1853, du saint synode au clergé russe, montre clairement que je ne me méprends point sur les intentions du czar. Ecoutez :

« Les pasteurs doivent exhorter les fidèles à la pénitence et à la prière; les lléaux des épidémies et de la guerre sont des épreuves auxquelles on doit se soumettre avec humilité.

» Le czar a été obligé à la guerre pour l'honneur de Dieu et de l'Église orthodoxe ; il remplît cette mission en qualité de chef de l'Église orientale, pour la gloire et la protection de laquelle le sang des Russes a coulé sur tant de champs de bataille.

» De même qu'en 1828, la Russie a tiré l'épée

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