RAPPORTS GÉNÉRAUX DES TURCS AVEC LES CHRÉTIENS
Loin, bien loin la pensée de manquer de respect aux hommes studieux qui ont écrit l'histoire des Croisades et celle des rapports des Turcs et des chrétiens depuis la conquête de Constantinople. Il importe que l'humanité connaisse les chemins, même les chemins de traverse que les générations ont parcourus, les progrès et les faux-pas dont ces chemins ont été marqués. Seulement on ne doit point se laisser imposer par l'histoire qui se compose de faits plus ou moins exactement observés et rapportés, mais plus encore des conséquences sorties de ces faits par la volonté ou contre la volonté
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de leurs auteurs. C'est par ce côté, le plus grand assurément, que les histoires les mieux faites sont à refaire si souvent. Les points de vue changent à mesure que la civilisation s'élève, et l'on est conduit parfois à saluer les résultats de faits dont la naissance a été maudite. Les résultats sont l'élément qui manque presque toujours à l'historien, soit qu'il ne sache pas les voir à travers les préoccupations de sa nation, de sa religion, de son époque, soit que l'heure de leur réalisation n'ait pas encore sonné au moment où il écrit. Je prie donc le lecteur de ne pas trop s'étonner si je déclare ici que, sous le rapport matériel, la conquête des Turcs n'a pas été défavorable aux chrétiens d'Orient.
Combien étaient-ils au jour de la conquête? et combien sont-ils aujourd'hui? L'augmentation en nombre d'une population n'est pas toujours, — témoin l'Irlande,— la preuve de sa prospérité. Cependant ici cette augmentation est une preuve que le conquérant n'a point été, comme on l'en a accusé, un destructeur systématique. Mais lorsque l'augmentation de la richesse suit celle du nombre, il devient évident que la persécution, si elle existe, est plus nominale que réelle. Eh bien! c'est là ce qui est advenu des chrétiens de l'empire ottoman. Non-seulement ils sont plus nombreux de généra-