CHAPITRE X
qu'ils pouvaient être assiégés dans leurs camps sans cesser d'être assiégeants, leurs communications avec la mer étant assurées par Balaklava et Kamiesch.
L'approche de Balaklava est défendue par des monticules couronnés de plateaux assez vastes pour y établir une armée. Au-dessous de ces monticules s'étend une plaine se reliant à quatre monticules de médiocre élévation, qui commandent la route de Simféropol à Balaklava. Il y a, entre ces quatre monticules et ceux qui protègent Balaklava, un espace très-propre à une bataille.
Cela entendu, il est facile de comprendre les intentions et les opérations des armées dans la journée du 25. Mais rappelons d'abord leurs forces respectives.
Le prince Menschikoff avait à l'Aima 45,000 hommes; la garnison laissée à Sébastopol s'élevait à 10,000 hommes; les équipages de la flotte, désormais appliqués à la défense de la place, fournissaient dix autres mille hommes. Les alliés, y compris les renforts qui avaient commencé d'arriver le 18, ne comptaient pas plus de 50 à 55,000 soldats de toutes armes. Cependant Menschikoff avait demandé
à grands cris des renforts. Liprandi lui avait amené 22,000 hommes, ei 40,000 autres étaient attendus. Les Russes avaient donc une supériorité numérique de 30>000 hommes.
Leur général en chef pensa que, sans tarder davantage, il fallait tenter de profiter d'une faute commise par les Anglais, qui avaient armé de batteries insuffisantes les quatre monticules commandant la route de Simféropol. Ces batteries, défendues par 600 conscrits tunisiens, devaient nécessairement être prises. Et si pour les reprendre les alliés quittaient leurs positions, on verrait ce que pourraient dire les chances du combat, secondé par de vigoureuses sorties de la garnison. Programme dont le succès était fondé sur la supposition que les alliés, à une faute de peu d'importance en réalité, en ajouteraient une autre, et des plus graves.
Liprandi, à la tête de 22,000 hommes et de 40 pièces de canon, traversa pendant la nuit les montagnes d'où descend la rivière torrentielle de la Tchernaïa, et s'empara au point du jour des quatre batteries, qui ne furent pas même défendues par les Tunisiens. De bons et fermes soldats auraient compris que le seul parti à suivre était de mourir à leur poste derrière les pièces qu'ils avaient été chargés de soutenir. Les Tunisiens pensèrent que le nombre