‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 39 sur 165 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

des assaillants les autorisait à prendre la fuite, oubliant qu'en fuyant il faudrait traverser une plaine où ils seraient infailliblement sabrés par la cavalerie, et qu'ils perdraient ainsi la vie, plus l'honneur. Par une injustice qu'expliquent les conséquences possibles d'un manque d'énergie ou de présence d'esprit dans une telle guerre, la faiblesse des 600 Tunisiens a rejailli sur l'armée turque tout entière, qui n'a pas obtenu de donner depuis une seule fois en première ligne.

Dans celte situation, il y avait à laisser venir les Russes au pied des positions que l'on voulait et pouvait défendre, et à tenir la cavalerie sous la main pour les reconduire au moment de la retraite. Mais les Russes avaient pris sept à huit canons fournis par la flotte anglaise, mais on avait exprimé le regret de n'avoir pas eu des chasseurs d'Afrique à l'Aima, et précisément un régiment de ces redoutés chasseurs venait d'arriver. L'amour-propre s'en mêla. Lord Lucan, avec 600 hommes de grosse cavalerie, engage contre une cavalerie russe triple en nombre une charge qui ne pojivait produire que des hauts faits personnels. Il fallait, pour atteindre l'ennemi,

s'engouffrer au milieu de feux croisés de l'artillerie russe. Ce n'est pas tout encore. Sur un ordre donné par lord Raglan de ne négliger aucune occasion d'empêcher les Russes d'emmener les canons anglais pris dans les batteries abandonnées par les Tunisiens, la brigade de cavalerie légère commandée par le comte de Cardigan, surnommé le Murai de l'Angleterre, est lancée à travers les 22,000 hommes de Liprandi, d'où elle sort mutilée et couverte d'une gloire dont elle pouvait fort bien se passer. Car qui a jamais douté du courage des Anglais, et qui ne sait de quel élan leurs chevaux une fois lancés sont capables?

Ceci soit dit sans aucune tendance critique contre la récompense spéciale accordée par le gouvernement anglais aux cavaliers qui ont pris part à l'affaire de Balaklava. Laissant aux généraux en chef la responsabilité de leurs fautes, c'est chose militairement bonne d'apprendre aux soldats que, sur l'ordre et à l'exemple de leurs chefs, ils ne doivent pas hésiter devant l'impossible.

La brigade Cardigan, qui comptait 600 hommes

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