‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 48 sur 165 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

alliés sont aussi des éléments de la question qui occupe le conseil, et je demande la permission d'exprimer à cet égard mon opinion, bonne ou mauvaise, mais respectueuse autant* qu'elle doit l'être envers de loyaux et vaillants officiers.

S'il est permis de dire d'un homme qu'il n'a pas connu la peur, c'est de lord Raglan. Sa vie ne pèse pas un scrupule contre le devoir. Instruit, affable sans familiarité, oubliant ses propres mérites et ses propres services pour mieux se rappeler ceux des autres, il est un modèle de la vertu militaire. Devant toute position pouvant être enlevée par une attaque de vive force, il est sans hésitation, et prend ses dispositions avec assez de promptitude et beaucoup de méthode. Mais quand l'action doit être précédée de travaux des armes spéciales, le noble Lord abdique trop modestement l'autorité que lui donne son expérience générale des choses de la guerre; il passe parole, dirai-je, en transportant une formule d'un jeu de cartes au noble jeu des batailles. Toujours prêt et dispos contre tout ce qui peut être renversé par un élan de courage, il manque d'entrain, d'initiative, de fertilité d'esprit contre tout le reste. Lord Raglan est un héros, il n'est pas un capitaine.

Pardon, je sais que je parle d'un noble vieillard

qui mourra avant quelques mois, peut-être, des privations qu'il s'est volontairement imposées cet hiver pour n'être pas, lui pair de la Grande-Bretagne, exempt de souffrances au milieu de ses soldats qui souffraient le froid et la faim , mais il ne faut point parler d'un adversaire, ou il faut en dire ce que l'on croit être la vérité. Je dirai donc qu'il est presque incompréhensible que lord Raglan, qui a fait toutes les campagnes de la Péninsule, à côté du duc de Wellington, ait laissé choir son armée en un véritable désarroi administratif en face de l'exemple d'un général en chef, son maître et son ami, qui doit la plus grande partie peut-être de ses succès à l'activité, au talent réel avec lesquels il dirigea et domina toujours son administration militaire.

Les Français perdent l'Espagne, parce qu'au lieu d'y payer largement leurs consommations et d'y désarmer ainsi les intérêts matériels, ils prétendent que la guerre doit nourrir la guerre, réunissent ainsi contre eux les deux natures d'intérêts, et courent sans précaution à travers tous les obstacles, se moquant du riz-pain-sel, et faisant du mot administration le synonyme de quelque chose de peu flatteur. Or, voyez le changement des choses humaines : Ce sont en Crimée les Anglais qui succombent par

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