‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 49 sur 165 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

absence d'une administration convenablement organisée, ce sont les Français qui résistent, grâce aux soins de leur administration, et peuvent même aider fraternellement leurs alliés.

Combien on se trompait en disant que la France n'apprendrait rien de nouveau en Afrique! Elle y a non-seulement rappris la victoire, mais elle y a appris les règles de la conquête moderne et celles d'une vraie administration militaire, grand et fort instrument à une époque où Ton se console de la défaite, et, du reste, quand on peut se dire : « Tout est perdu, fors l'argent. »

Les désastres administratifs de l'armée anglaise pourront nous coûter cher, car ils ont fait perdre le pouvoir à cet excellent lord Aberdeen , qui s'estimait si heureux d'avoir protesté contre le traité d'Andrinople, dont il n'a d'ailleurs pas contrarié l'exécution, un peu trop léonine de notre côté, cela peut s'avouer ici où l'on ne prêche pas l'égalité des cultes devant la loi, si ce n'est devant celle du service militaire. L'Angleterre a pour premier ministre un homme vieux d'ans et d'expérience, jeune d'esprit, infatigable au travail, parfois trop remuant, et cherchant trop quelque chose à faire, mais toujours clair, toujours positif. Lord Palmerston dérobera au temps tout ce qui pourra lui être dérobé. Les

vivres, les vêtements, les canons vont affluer; les soldats viendront en bon nombre, mais le soldat anglais ne s'improvisant pas , un an s'écoulera avant que ceux qui arrivent valent ceux que la faim et le choléra ont emportés. Quant à la flotte de siège qu'on jette sur les chantiers , elle ne sera prête que pour la campagne prochaine. Le sort de celle-ci dépend de la bonne ou mauvaise direction que les Français donneront à leurs efforts, qui vont être grands, terribles, vous le savez tous comme moi.

En peignant lord Raglan, j'ai peint à peu près le général Canroberl ; il n'y a guère à changer que les traits du visage et les dimensions de la taille, le cerveau et le cœur sont les mêmes. Un héros aussi plus qu'un capitaine. Il est toutefois, entre ces deux hommes se ressemblant par tant de points décisifs, des différences qu'il convient de remarquer. Dans la force de l'âge, actif de corps, appartenant à une armée démocratique, et par conséquent imbu d'un sentiment qui touche à la fraternité, tandis qu'il n'est chez les généraux anglais qu'un sentiment de solidarité patriotique, Canrobert n'a pas seulement souffert avec ses soldats, il les a secourus de son bras, consolés, encouragés. Aimé, ayant droit d'être aimé de son armée, il dispose d'un ressort moral

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