‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 52 sur 165 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

daire, car l'histoire, c'est-à-dire l'oubli de tout ce qui n'est pas les masses ou ne les dirige pas d'en haut, commence au jour où s'accomplit l'événement dans lequel chacun a espéré se faire une gloire à part. Utile enseignement. Il est bon en effet de rappeler que qui vit et meurt pour autre chose que pour le devoir, vit et meurt pour une chimère, puisque sur trois à quatre mille ans d'histoire écrite, quelques centaines de noms à peine ont surnagé, dont le plus grand nombre a reçu des charmes de la poésie et des fictions de la fable, ce qu'on appelle si témérairement l'immortalité.

L'on comprend avant qu'on le dise que des renforts étaient arrivés aux alliés, et qu'il continuait de leur en arriver. Il sera temps d'énumérer ces renforts lorsque les armées recevront au mois de mai une organisation nouvelle. Le fait décisif à mettre en évidence pour le moment, c'est l'insuffisance de l'artillerie des alliés, quoiqu'elle fût plus que double de celle dont ils avaient pu disposer le 17 octobre 1854. Cette infériorité d'artillerie se rencontrant du côté où eût dû exister la supériorité de feux, avait l'inconvénient terrible de nous obliger de recourir trop souvent à la baïonnette. En février, — le 23 et le 27, — nous fîmes deux attaques glorieuses, mais infructueuses; la première sur les redoutes du mont

Sapoune, la seconde sur la redoute dite de Volhynie, du nom du régiment qui la défendait. Ce sont ces attaques qui furent reprises le 7 juin sous le nom d'affaire du mamelon Vert, car il fallut bien des fois réparer à coups de baïonnettes la faute, ou si l'on veut le malheur de n'avoir pas agi plus tôt par notre droite.

En mars, il fut arrêté d'un commun accord avec la Turquie qu'Omer-Pacha viendrait d'Eupatoria à la tête de 25,000 de ses meilleurs soldats pour appuyer et couvrir au besoin les opérations du siège. L'arrivée de 15,000 Piémontais était annoncée. Malheureusement les canons de siège n'arrivaient pas aussi vite que les soldats. Peut-être même, à cette époque, se faisait-on encore illusion sur le nombre de pièces nécessaires pour réduire la place. En effet, après avoir victorieusement repoussé le 22 mars, une sortie d'au moins 10,000 Russes sur nos travaux de droite, les alliés furent obligés d'avouer, le 17 avril suivant, que leur artillerie de siège, quoique riche déjà de 400 pièces, était insuffisante. Lord Raglan en fait l'aveu dans une dépêche qu'il faut citer, — quoiqu'il n'y ait guère ici de place pour les citations, — à cause de sa simplicité digne d'Hercule :

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