TROISIÈME PÉRIODE DU SIÈGE
C'était, vers le milieu de mai, une vérité devenue évidente, que sans cesser d'occuper et de menacer l'ennemi du côté de la ville, il y avait nécessité pour les alliés de s'étendre sur la rive gauche de la Tchernaïa et de diriger leurs principales attaques contre Malakoff, en cherchant à gagner par le ravin du Carénage des vues sur Tarrière-port où les vapeurs russes, manœuvrant avec une rare habileté, soutenaient de leurs feux les bastions de la gauche et le petit redan qui flanque le grand ouvrage de Malakoff ou Korniloff. La question de système pouvait d'autant moins être ajournée que les alliés étaient désormais en force pour s'étendre sans crainte d'af-
l'eCROPE ET LA RUSSIE ,
faiblir leurs attaques ; elle fut donc nettement posée par le général Canrobert devant deux conseils de guerre, qui tous deux donnèrent raison au général Pélissier. Canrobert envoya sa démission par le télégraphe et proposa Pélissier pour son successeur. La proposition fut agréée, et le 19 mai un ordre du jour annonçait à l'armée française qu'elle obéissait à un nouveau général en chef.
Organisation nouvelle et effectif des armées alliées.
La guerre ayant acquis de plus vastes proportions, le gouvernement français dut remanier l'organisation de l'armée. Trois corps furent formés, le premier sous les ordres du général de Salles, le second sous ceux du général Bosquet, le troisième, dit de réserve, sous le commandement du général Regnaud de Saint-Jean d'Àngély. Il fut formé en outre deux divisions de cavalerie, la première commandée par le général Morris, la seconde par le général d'Allonville, plus une brigade de cavalerie de réserve aux ordres du général Forton. Le premier corps comprenait trois divisions, le second cinq, le corps de réserve deux divisions de ligne et une de la garde. Au total, onze divisions d'infanterie, deux de cavalerie, plus une de réserve.