‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 6 sur 165 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

femmes, si elles sont sujettes de l'empire ottoman, ou sous le nom emprunté d'une femme chrétienne sujette de cet empire. De ce côté, la tolérance des Turcs est immense.

Ajoutez que les chrétiens non sujets du sultan sont protégés par des traités spéciaux appelés capitulations qui les placent sous une juridiction exceptionnelle. Mais il a été de mode chrétienne de s'enrichir aux dépens des Turcs et de les calomnier, et c'est ainsi que s'est établie la confusion entre le droit de propriété concédé aux Levantins et le droit de propriété assuré aux chrétiens et aux juifs sujets du sultan. Toutefois, ceci n'était point une erreur involontaire des deux parts. Les chrétiens sujets de l'empire auraient voulu être protégés, comme les chrétiens non sujets , par des capitulations établissant une juridiction étrangère au sein des États du sultan. Ils laissaient donc dire les Levantins. La Russie, qui connaissait parfaitement l'état réel des choses, enchérissait sur l'erreur commune et se portait en avant comme protectrice de la religion et de la propriété de ses frères en Jésus-Christ.

La vérité est que la propriété est possédée au même titre, d'après le même droit, par tous les sujets du sultan, quelle que soit d'ailleurs leur religion. La seule différence est dans l'impôt. Les vain-

queurs, c'est-à-dire les musulmans, payent la dîme pour leurs terres et leurs maisons; les vaincus, c'est-à-dire les chrétiens et les juifs, payent la dîme double pour les leurs; mais par une conséquence de leur position de vaincus, de conquis, ils sont exempts de la charge du service militaire.

Le gouvernement russe, pour qui la religion n'est qu'un instrument de règne, ne se faisait aucune illusion sur la possibilité, le droit de propriété étant égal pour tous en Turquie, d'arriver à l'égalité des personnes comme des choses devant une juridiction nouvelle, et c'est à prévenir l'établissement de cette juridiction qui commencera en Orient la séparation du spirituel et du temporel, que les czars ont appliqué tous leurs efforts. Des tribunaux sans caractère religieux, une fois établis, acceptés, il ne restera aucun moyen de dire qu'il faut marcher au secours de la propriété chrétienne opprimée comme la conscience chrétienne. La lumière sera faite si vive, que, même en fermant les yetfc, il faudra voir à travers les paupières, qu'en ce qui touche la propriété, le Turc a été le plus dédaigneux, mais le moins avide des conquérants.

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