CHAPITRE XVIII
n'était pas une de ces affaires qui s'exécutent à bras tendu et par un jet violent de volonté.
Voici où en étaient les choses alors que les généraux décidèrent que le moment de l'assaut était enfin arrivé.
Sur notre gauche, les travaux étaient parvenus à 30 ou 40 mètres du bastion central et du bastion du Mât. Sur notre droite, les travaux soutenus par le feu ouvert le 17 juin, et qui n'avait pas discontinué, étaient arrivés à 25 mètres du saillant de Malakoff et du petit Redan. Malheureusement les Anglais retenus par les difficultés du terrain, et pourquoi ne pas le dire? — par leur peu d'habileté à remuer la terre, étaient encore à 200 mètres du grand Redan. Notre artillerie avait élevé, armé, approvisionné 100 batteries portant ensemble 600 pièces, à savoir 350 sur les attaques de gauche, et 250 sur les attaques de droite. Nos alliés avaient 200 pièces dirigées contre le grand Redan. Nous voilà loin des 183 pièces avec lesquelles on s'était cru en mesure d'ouvrir le feu contre Sébastopol. Ajoutons tout de suite ici que, par une quantité énorme de feux paraboliques, nous écrasions les travaux de seconde ligne de l'ennemi et lui faisions perdre 1,500 à 2,000 hommes par jour, tandis que nos feux directs eontre-battaient et faisaient taire ses feux directs. Les alliés remplis-
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saiéûî donc La condition essentielle pour donner l'assaut : ils avaient la supériorité d'artillerie.
Nous étions assurés maintenant qu'en montant à Malakoff nos soldats n'y seraient point accueillis par des salves de mitraille qui les renverseraient avant qu'ils pussent prendre corps à corps les défenseurs de la brèche. Cependant aucune précaution n'avait été négligée cette fois.
Nos tranchées avaient été agrandies de manière à pouvoir contenir en entier les divisions d'attaque. Partout où il avait été nécessaire de donner aux tranchées des crêtes pour mettre nos soldats à l'abri de la vue et des coups directs de l'ennemi, l'opération avait été soigneusement pratiquée. Des détachements du génie et de ^'artillerie, munis des outils nécessaires, avaient été exercés à marcher en tête de chaque colonne d'attaque. Les sapeurs du génie, aidés d'un certain nombre d'auxiliaires, avaient appris à manœuvrer des ponts qui devaient être jetés rapidement sur les fossés. Les fantassins des premiers bataillons d'attaque portaient au ceinturon de leur cartouchière des outils à manches courts propres à ouvrir des passages, retourner les traverses, etc. Inutile de dire que les artilleurs étaient munis de tout ce qu'il faut pour enclouer les pièces, ou les désenclouer s'il était possible de les retourner