CHAPITRE XVITÎ
contre l'ennemi. Il restait encore beaucoup à faire au courage, mais il marchait appuyé sur tous les secours que la science peut lui donner. Des batteries de campagne pouvant manœuvrer à la bricole, c'està-dire sans le secours de chevaux, avaient été disposées pour seconder au besoin toutes les attaques.
Malakoff est une citadelle en terre, de 150 mètres de largeur, armée de 62 pièces de canon; cette citadelle, bien plus difficile à détruire que si elle était en pierres, couronne un mamelon dominant tout l'intérieur du faubourg Karabelnaïa, prend à revers le grand Redan, — que les Anglais étaient chargés d'attaquer, — et donne à 1,200 mètres des vues sur toute la rade, et par conséquent met à la merci de qui en est ie maître, ce qui reste de marine aux Russes et le pont de bateaux servant à la garnison de communication avec le Nord. La clef de Sébastopol est donc bien évidemment dans Malakoff. La chercher ailleurs eût été une erreur désormais impossible. Aussi, les trois autres attaques devaient-elles être subordonnées au succès de celle de Malakoff. Elles le furent.
Les montres avaient été réglées, il est midi. Toutes nos batteries se taisent pendant un moment. La voix des tambours et des clairons éclate. Nos soldats s'élancent hors de leurs tranchées de droite.
L'assaut est donné, bien donné, à Maiakoff. Les Russes n'ont pas reculé, on les a tués, puis on a passé sur leurs corps en courant. Le petit Redan est enlevé avec la même ardeur.
Ici la fortune tourne après un moment; le terrain miné s'effondre sous les pieds de nos soldats ; ils s'étonnent et sortent des retranchements conquis pour leur donner le temps de s'éteindre. L'assaut est ensuite renouvelé sans que l'artillerie ait renouvelé son œuvre, précipitation qui a coûté cher et qu'excuse à peine l'emportement naturel en un tel jour, en une telle heure.
L'essentiel, c'est que nous ne soyons pas dépossédés de Maiakoff; tant que nous le tenons, nous tenons Sébastopol. Cette place a des ressources toujours fraîches en hommes, et évidemment nous succomberons si nous permettons qu'elles soient toutes dirigées sur un même point. L'attaque de gauche est ordonnée au premier corps français, et celle du grand Redan est entreprise par nos alliés. Toutes deux échouent. Les Anglais avaient 200 mètres à franchir à découvert; ils les franchissent, mais arrivés près de l'ennemi, leurs jeunes soldats s'arrêtent pour tirer au lieu de sauter dessus à la baïonnette, comme eussent fait les vétérans d'Inkerman. Cependant, ni nos alliés, ni nos soldats du premier