‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 75 sur 165 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

burn n'étaient pas comparables aux forts maritimes de Sébastopol ; mais sous le rapport de l'art et de l'armement, il y avait parité complète. L'expérience qui allait être faite des batteries flottantes et des bombardes comme instrument naval de siège devait donc être concluante.

Nos trois batteries, car elles étaient françaises, je le répète, allèrent s'embosser à 1,000 mètres des fortifications. Au bout d'une heure, l'effet de leurs feux était visible sur ces fortifications déclarées jusque-là si difficiles à entamer. Les bombardes anglaises et françaises étaient entrées en scène une demi-heure après les batteries flottantes. La distance où étaient placées les bombardes (2,500 mètres) les mettait hors de la portée utile des feux de la ciiadelle et de ceux des forts, tout en laissant à leurs gros projectiles creux la faculté de fouiller les batteries ennemies et d'écraser, à la longue, les casemates. De grandes canonnières, placées entre les batteries flottantes et les bombardes, tiraient à ricochets sur les batteries barbettes de la place. L'action durait depuis trois heures, et la flotte de siège l'eût évidemment menée h bonne fin en moins de trois autres heures, car les batteries flottantes avaient repoussé ou fait voler en éclats tous les projectiles qui les avaient touchées, à l'exception de trois qui avaient enfilé les sabords et

causé la perte de 11 hommes ; mais les amiraux voulaient terminer l'affaire de bonne heure, et les escadres se mirent de la partie. Une heure après, — quatre heures en tout, — la garnison était en position de se rendre avec honneur.

C'était là un grand événement, qui n'a pas été pris assez en considération hors des cercles militaires. La marine avait trouvé un moyen de résister à l'obus Paixhans, jugé devoir être fatal à tous les navires depuis qu'on était parvenu à le lancer horizontalement, et dé combattre à chances au moins égales les fortifications établies à terre. Ce moyen sera certainement appliqué dans une certaine mesure aux flottes de batailles; mais, pour ne parler que de ce qui est fait et acquis, on peut dire avec pleine confiance que 25 batteries flottantes auraient en trois ou quatre jours culbuté les défenses maritimes de Sébastopol, restées intactes sous une canonnade soutenue durant six heures par 25 vaisseaux de ligne. Le progrès, venant six mois plus tôt, les alliés auraient épargné 60 à 80,000 hommes peutêtre, et, comme disent les marins, la puissance russe eût été chavirée de fond en comble dans la mer Noire et dans la Baltique.

De là, — pourquoi le dissimuler? — le regret profond, persistant de l'auteur, que les puissances oc-

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