CHAPITRE XIX
ATTAQUE DE KINB CJRN.
L'attaque de Kinburn n'est point un de ces faits militaires que Ton puisse laisser de côté comme l'expédition de Kertch, les combats d'Eupatoria, et ce qu'on appelle la bataille de Traktir, ne donnant matière à aucune remarque digne d'un intérêt sérieux. Les alliés ont déployé contre Kinburn un spécimen de matériel naval destiné à exercer une influence décisive sur les guerres maritimes et sur l'attaque des places ayant des défenses maritimes comme Sébastopol, Cronstadt et tant d'autres. Je veux parler des batteries flottantes.
Une batterie flottante est un bâtiment de peu de tirant d'eau (2 mètres environ) de forme rectangulaire, muni d'un seul étage de feux de gros calibre
et de grande pénétration, et recouvert d'un carapace en fer impénétrable aux boulets pleins du plus fort calibre et faisant éclater les projectiles creux, même les fameux obus à la Paixhans; en un mot, capable de résister à tous les feux courbes et à tous les feux directs, et n'ayant à redouter que les coups d'embrasure, toujours fort rares. Il va sans dire que la batterie flottante est munie d'une mâture qui se démonte complètement au moment de l'action, et d'une hélice mue par une machine occupant peu de place, et qui lui sert à aller prendre son poste de combat. Du reste, les batteries flottantes sont dépourvues de qualités nautiques, à ce point qu'on peut dire qu'il faut des vapeurs pour les charrier à travers toute distance un peu considérable.
Les alliés disposaient devant Kinburn de trois batteries flottantes, toutes trois françaises.
La citadelle de Kinburn est un ouvrage en maçonnerie casematé comme à peu près tous les ouvrages employés par les Russes à la défense des positions insulaires ou à fleur d'eau. Cette citadelle était armée de 60 bouches à feu. Deux batteries couvertes par des parapets en terre et armées l'une de 10, l'autre de 11 pièces de fort calibre, complétaient la défense de la passe d'Otchakoff. Sous le rapport du nombre, la citadelle et les forts de Kin-