‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 80 sur 165 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

les côtes de la Baltique, une flotte de bataille et une flotte de siège. La France garderait disponible la presque totalité de son armée pour contenir le mauvais vouloir des princes allemands. N'est-ce donc pas là pour la Russie une situation nouvelle, toute nouvelle?

La France et l'Angleterre savent maintenant le chemin par où Ton peut arriver à punir le triple crime de la Russie contre la Pologne, sans verser le sang des peuples allemands, complices involontaires des combinaisons machiavéliques de leurs princes. Evidemment même, c'est la conviction que ce chemin est trouvé, reconnu, jalonné, qui a rendu l'Angleterre si difficile à accepter la paix qui venait avant une troisième campagne sur la Baltique et qui la disposera, — pourquoi ne pas le dire? — à saisir la première occasion légitime de rompre avec la Russie. Ace sujet, les politiques de la vieille école ne manquent pas de s'écrier que la France ne devra pas permettre, le cas échéant, la destruction de la flotte russe. Question d'un autre siècle. Si l'Angleterre pouvait songer à reprendre ses anciennes prétentions maritimes, la France et les Etats-Unis suffiraient parfaitement à s'y opposer.

La politique de la Russie a été et reste encore, comme le prouverait au besoin le tracé de ses che-

mins de fer une politique d'agression. Heureusement cet empire, qui toujours menaçait, est placé à son tour sous le coup d'une incessante menace. Une telle situation pouvant bien être appelée paix, mais n'étant virtuellement qu'une trêve, j'ai désiré, je désire qu'on arrive à la paix réelle. Or, à une époque où la dictature elle-même s'incline devant l'opinion, la paix réelle ne peut s'asseoir sur les droits fraudés des peuples. Pour s'épanouir et répandre sur l'avenir un jour pur et tranquille, il lui faut à cette paix l'Italie pour les Italiens, une Pologne pour les Polonais. Lorsque les nationalités résistent à tant de cruelles épreuves, c'est qu'elles ont des raisons d'être autres que la raison toute physique et par conséquent subordonnée de la communauté d'origine.

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