‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 83 sur 165 · CHAPITRE XXi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXi

chie souveraine, marchant à l'unité et à l'égalité par l'écrasement de tous les pouvoirs intermédiaires et de tous les privilèges. La loi gothe-normande, telle que l'entendaient et l'appliquaient les Anglais, signifiait régime féodal couronné par une royauté dépendante de fait des privilégiés nobles et non nobles chez lesquels elle est obligée de puiser toute sa force. C'est l'antipathie des Français pour cette loi gothe-normande, dont les successeurs de Guillaume le Bâtard voulaient ramener chez nous les conséquences immédiates et médiates, qui rendit vaines toutes les tentatives des Anglais, quoique le roi Jean eût commis, par l'institution du duché de Bourgogne, une faute de nature à amener la perte de notre droit public.

Au lieu de profiter de la bonne fortune qui restituait le duché-de Bourgogne à la couronne de France , Jean l'en détacha de nouveau en 1363 pour l'attribuer, comme fief mâle, à son quatrième fils. Ainsi, la royauté française, qui avait mission d'abattre le droit féodal, lui donnait un auxiliaire, un allié dans la nouvelle maison de Bourgogne. C'est de cette espèce d'abîme que notre principe s'est relevé et relevé en peu de temps, si l'on considère la grandeur des difficultés à vaincre.

Les Anglais se sont moqués de leur mieux de

Charles VII qui, ne pouvant disputer Paris au vainqueur d'Azincourt, appuyé par toutes les forces du duc de Bourgogne, s'était retiré sur la Loire. L'événement a prouvé que la combinaison, qu'elle fût volontaire ou forcée, ne manquait point de valeur stratégique, Henri V avait épousé Marguerite de France ; il s'était fait décerner la régence pendant l'insanité de Charles VI, et l'hérédité de la couronne, en vertu du droit de son aïeule, fille de Philippe IV, et du droit de sa femme, fille du roi vivant, si vivre fou, c'est vivre. L'attaquer là où il était reconnu, eût été un mauvais calcul politique, le combattre là où il était le plus à portée de tirer des ressources de son grand fief de Normandie et de son royaume d'Angleterre, n'eût pas été un bon calcul militaire.

Par la position qu'il avait prise entre les provinces du midi et celles du nord-ouest, Charles VII obligeait son adversaire à le venir chercher en s'éloignant de sa propre base d'opération. Ce fut là évidemment une des causes de la défaite de l'Anglais, qui, après avoir échoué dans le siège d'Orléans, ville dont il devait s'emparer pour assurer ses communications entre ses diverses possessions, fut contraint de passer sur la défensive, position désastreuse pour un prétendant, et de rentrer en Nor-

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