‹ L'Europe et la Russie;Chapitre 93 sur 165 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Sans entrer dans une discussion de systèmes qui ne serait pas ici à sa place , il convient de rappeler que les gouvernements de France , d'Angleterre , d'Espagne, de Hollande vivaient sur des idées commerciales dont quelques-unes sont absolument fausses, et dont d'autres étaient faussées par l'exagération. Les idées absolument fausses étaient celles-ci : L'or et l'argent étant la principale richesse, une nation doit s'appliquer dans ses échanges avec l'étranger à recevoir plus de métaux précieux qu'elle n'en exporte : c'est ce qu'on appelle la balance du commerce. Par suite de cette erreur érigée en principe, on avait conclu que le dommage d'un peuple constituait l'avantage d'un autre et qu'il était de haute et bonne politique de tenter de se ruiner réciproquement. Les idées faussées par l'exagération étaient au nombre de deux aussi : La première, c'est qu'il fallait par tous les moyens dont un gouvernement dispose s'assurer le monopole ou à peu près du transport des denrées et objets que le pays consomme; la seconde, que l'industrie nationale, agricole et manufacturière a droit d'être protégée

par des droits différentiels à la charge du consommateur et au besoin par la prohibition absolue.

Colbert a organisé d'une main si ferme et si savante le système reposant sur les idées qui viennent d'être rappelées que ce système n'est pas encore sans partisans puissants chez nous où l'on sifflerait pourtant quiconque dirait un mot contre la liberté du commerce à l'intérieur et contre celle des industries. Napoléon, malgré ses guerres si terribles et si longues, a puisé une assez large et forte popularité dans le colbertisme qu'il exagéra jusqu'à décréter contre l'Angleterre le blocus continental. On peut dire qu'alors la guerre devint enragée. L'Angleterre, qui nous dénonçait au monde depuis quatorze ans comme ennemis de tour, les principes sociaux, chercha à tout prix des alliés pour son monopole industriel. Elle en trouva parmi les aristocraties et parmi les princes, et finit même par en trouver parmi les peuples en inscrivant sur son drapeau le mot liberté que nous avions effacé du nôtre pour n'y laisser que celui d'égalité. La valeur française , après avoir résisté d'abord à la défection de nos alliés, dut plier enfin sous le nombre, et comme l'Angleterre n'avait alors à sa tête que des hommes d'une portée d'esprit vulgaire, la jalousie dicta les traités de 18 U et de 1SÏ5.

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Mais la grandeur de la France ne dépendant pas absolument de la possession de ses frontières de 1801, nous remontâmes au rang qui nous appartient. Ce ne fut pas sans haine et sans rancune contre l'Angleterre dont cependant nous avions importé chez nous les institutions politiques. Cependant le blocus continental, qui n'était que TexagératiOD du système anglais adopté et codifié par Colbert dans un esprit de représailles, avait porté ses fruits. Tout peuple voulut devenir industriel, protéger son industrie et son pavillon, et c'est par là qu'après une résistance qui dura encore trente-deux ans, l'Angleterre fut amenée à adopter, en 1846, le système d'Henri IV et de Sully et à nous tendre une main que l'expérience et la nécessité avaient rendue amie.

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