CHAPITRE XXIV
public, fondé sur la loi gothe-normande, les Anglais étendaient cette idée à leur pays tout entier par rapport aux autres nations, et en avaient conclu que le monopole naval et industriel était pour eux l'application d'une sorte de droit naturel. De là est sorti un antagonisme furieux, qui a pris de part et d'autre la politique pour auxiliaire, quoiqu'il affectât de n'être que l'auxiliaire de la politique.
Il n'est pas très-flatteur peut-être pour l'amourpropre de deux grands peuples de reconnaître que s'ils avaient pu s'entendre sur les questions de commerce et sur les intérêts réciproques de la fabrication, ils se seraient aisément entendus sur le reste, à partir du xvne siècle. Que de sang, que de talent, que de patriotisme ont été dépensés durant plus de deux cents ans, et qui eussent dû recevoir une autre destination ! Toutefois, ni ce sang, ni ce patriotisme, ni ce talent n'ont été perdus, car l'humanité est ainsi faite, qu'elle n'arrive à une vérité qu'après avoir usé une à une toutes les erreurs qui environnent cette vérité. Nous insistons donc sur la question économique, dans la seule pensée de bien faire comprendre que hors de cette question, dont la solution est dans une liberté sagement progressive et réglée, il n'existe plus aucune cause réelle d'antipathie entre l'Angleterre et la France.
178 l'eorope et la Russie.
De même que la politique de la France a tous les défauts de la démocratie, —vues allant au delà du possible, mouvements brusques, accès de colère, générosité irréfléchie, — la politique de l'Angleterre a eu tous ceux de l'aristocratie, que l'on peut définir ainsi : L'égoïsme individuel multiplié par l'égoïsme et l'orgueil de corps et de castes. Il n'y a donc point à s'étonner des défiances que l'alliance anglaise a rencontrées parmi nous.
L'Angleterre, dans son intérêt commercial, avait poursuivi per fas et nefas la suprématie maritime, et ses vaisseaux marchands suivant toujours ses vaisseaux de guerre, elle avait voulu renverser à coups de canon toutes les barrières de douanes, en conservant les siennes partout où elle ne se sentait pas armée d'une incontestable supériorité, Le droit de visite et de recherche à bord des bâtiments de toutes les nations, la presse exercée sur les étrangers, et leur embarquement sur les navires où ils étaient forcés de combattre leurs propres compatriotes, les rigueurs sans fin exercées sur les prisonniers de guerre, la méconnaissance obstinée du droit des neutres, les blocus non réels, enfin la prétention de n'observer aucune limite dans la désignation des objets de contrebande de guerre, tels furent ses moyens pour arriver à quelque chose de