CHAPITRE XXIV
pire que la monarchie universelle, c'est-à-dire à la domination universelle des mers, du commerce et de l'industrie. îMais il y avait dans la politique anglaise quelque chose de plus odieux encore, à savoir qu'en attaquant l'égalité, principe fondamental du droit des gens, elle se posait insolemment en défenseur de la liberté du monde.
La classe gouvernante en Angleterre aimait incontestablement la liberté, mais elle l'aimait, comme tout le reste, pour elle-même, consentant à laisser le peuple en ronger les reliefs, et trouvant partout ailleurs que chez elle des prétextes pour se ranger du côté des aristocraties contre les démocraties. Ce qui a le plus révolté notre conscience nationale, c'est ce mercantilisme soi-disant libéral, achetant aux princes allemands des soldats pour étouffer la liberté naissante dans l'Amérique du nord, soldant tous les despotes de l'Europe pour abattre le principe égalitaire de la France, puis, finissant par user de la victoire ainsi qu'il serait à peine permis d'user de la vengeance, si la vengeance était dans le droit de l'humanité.
Elle a été brave, éloquente, la vieille aristocratie britannique; elle a vu sortir de ses rangs, et plus souvent encore elle y a fait entrer des hommes du plus grand talent; mais elle a été sans pitié, sans scrupule, comme le patriciat de l'ancienne Rome, et menteuse comme cette compagnie qui est la honte de la Rome moderne. Si cette aristocratie avait été encore vivante et gouvernante lorsque l'Angleterre nous a offert son alliance dans la question d'Orient, Dieu sait si, malgré la nécessité évidente, nous l'eussions acceptée. Aurions-nous pu ne pas nous défier du gouvernement qui, en 1783, avait toléré la conquête de la Crimée pour agrandir une puissance ennemie de la France? qui, dans le même esprit, ne s'était point opposée aux partages de la Pologne? qui, en 1803, forçait les Dardanelles pour exiger de la Porie qu'elle cédât à la Russie les provinces Danubiennes? et qui, jusqu'en 1840, s'était rangée contre nous du côté de l'ennemi irréconciliable de la Turquie? La rancune ici aurait presque été de la prudence.
Or, une fois que la prudence nous aurait, si discrètement que ce fut, dit de nous ressouvenir, que de faits, chargés de colère jusqu'à la gueule, nous fussent revenus à la mémoire. Les fureurs patriotiques de notre grande révolution, attisées par l'An-