L'Europe et la Russie remarques sur le siège de Sébastopol et sur la paix de Paris, conséquences probables H. Lamarche
Lecteur ami ou ennemi, car on n'aime pas tous les livres que Ton croit devoir lire, l'auteur veut vous dire les circonstances qui l'ont déterminé à publier cet écrit, et quels en sont le plan et le but; en un mot, il veut jouer devant vous cartes sur table.
Le grand-duc Constantin est venu en France dans l'intention évidente de sonder l'opinion, et d'examiner s'il n'y aurait pas chance de la faire prononcer dans un sens qui permit de dire que le nouvel empire serait tout disposé à renouer l'alliance que le premier avait contractée à Tilsitt
AU LECTETR
avec la Russie. Les politesses gouvernementales n'ont pas manqué au frère du czar Alexandre II, On a vu même des restaurateurs el des cafetiers, sachant par tradition combien l'invasion avait rapporté à leurs prédécesseurs, s empresser de faire flotter le drapeau russe au-dessus de leurs enseignes. Quant à la population, maintenant trop bien élevée pour manquer aux respects extérieurs dus à un prince étranger, elle a regardé en silence passer le grand-duc, et s'est contentée de marquer
plus de sympathie pour les soldats portant la médaille de Crimée:
Cette conduite si digne et si spirituelle de la population parisienne m'a remis en mémoire le mot de Fiévée : « L'opinion, c'est ce qui ne se dit pas. » Ce mot n'est ni partout ni toujours vrai. Probablement il ne l'eût pas été Londres, si le grand-duc y fût allé, au lieu de payer, comme disent les Anglais, une visite de cérémonie à la reine Victoria en son palais d'Osborne. Toujours est-il cependant qu'en ce qui concerne la guerre d'Qrient et la paix de Paris, ce qu'on a dit de l'un et de l'autre côté du détroit n'est pas l'expression complète de la pensée publique.
Hors le monde ofûciel, dont la fonction est de
se montrer satisfait de tout événement accompli,