‹ L'Europe et la Russie remarques sur le siège de Sébastopol et sur la paix de Paris, conséquences probables H. LamarcheChapitre 2 sur 179 · AU LECTEUR. VII · texte numérisé non relu

AU LECTEUR. VII

le cercle étroit des sages croyant avoir tout gagné quand une difficulté a été ajournée, dût-elle se retrouver plus grosse après l'ajournement, et le monde de la Bourse prêt à saluer indifféremment victoire ou défaite donnant la haute-main à la spéculation, il est peu d'hommes ne pensant pas, en France comme en Angleterre, que la paix a été accordée un an trop tôt à l'agresseur, et ne s'indignant pas de voir la Russie se dérober par la mise en scène à son rôle de vaincu qui a demandé grâce, pour se poser devant l'Europe en puissance ayant faim et soif de civilisation.

D'autres hommes, en nombre moindre sans doute, mais rachetant peut-être cette infériorité numérique par la vivacité de leurs convictions, pensent que la paix, en outre qu'elle a été trop hâtive et trop généreuse, n'est pas suffisamment conséquente au principe qui a mis aux nations occidentales les armes à la main.

Tolérance religieuse, dans le langage de "nos jours, signifie égalité des cultes devant la loi. De cette égalité doit résulter dans l'empire des sultans un droit commun ni musulman, ni juif, ni chrétien, respectant toutes les religions dans les consciences, mais faisant sans acception de cultes lqs affaires de la société selon les règles de la civi-

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lisation générale. Or, est-ce bien directement à ce but, marqué par le principe môme de la guerre, que Ton marche par l'exécution du traité de Paris î Des hommes, parmi lesquels se range l'auteur de ce livre, sachant très bien, il le répète, que leur nombre en progrès n'est pas encore près de la majorité, estiment que, depuis la prise de Sébas- *opol, il y a tendance plus ou moins involontaire à réclamer pour les chrétiens, sujets de la Porte- Ottomane, des garanties qui réduiraient peu à peu l'autorité du sultan à n'être sur eux que nominale, et à faire ainsi à cinq ou six ce que l'on n'a pas voulu que la Russie fit toute seule. — Manière certaine de compliquer, au lieu de la résoudre, la question créée par l'établissement des Turcs en Europe.

Quoique cela ne se soit pas dit, de peur d'entrer dès le premier moment en contradiction avec des gouvernements qui apportaient une paix honorable, bien qu'imparfaite, telle est l'opinion de la majorité touchant l'opportunité du traité de Paris, et celle d'une minorité qui n'est peut-être pas à dédaigner, touchant l'esprit dans lequel ce traité est appliqué. Il s'agissait donc simplement pour moi d'examiner s'il y avait .inconvénient à parler aujourd'hui d'une situation sur laquelle on avait

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jugé convenable de ne pas s'expliquer à fond il y a un an. En mon âme et conscience j'ai jugé qu'il y avait avantage à parler.

Je suis Français avant tout, puis je suis libéral; quant aux formes de gouvernement, je donne une préférence décidée au principe électif sur le principe héréditaire. Cette hiérarchie de mes convictions politiques montre assez, je l'espère, qu'il n'est point de considération, soit personnelle, soit de parti, de force à me porter, je ne dis pas à publier, je dis h écrire un seul mot contraire aux intérêts, à la dignité de la patrie. Ce cosmopolitisme qui, en enseignant à ne pas aimer son pays plus qu'un autre pays, doit dénationaliser toute politique, n'est pas du tout mon fait. J'aime tous les hommes, parce qu'ils sont mes frères dans l'humanité, mais j'aime plus ma famille, mes concitoyens, ma patrie, dont le nom seul résume mes premiers devoirs et mes premières affections. Encore une fois, c'est donc parce que je le crois utile à la France que je publie ce livre, avec quelque confiance de parvenir à démontrer :

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Que les motifs qui ont déterminé l'empereur Nicolas à accepter la guerre en Orient sont radicalement hostiles à la civilisation ;

Que les Russes n'ont déployé dans la défense do Sébastopol aucun moyen non connu, non éprouvé, et qu'ils devaient résister au moins jusqu'à l'arrivée d'un nouveau matériel naval qu'il fallait construire ;

Qu'ils auraient dû prévoir que, manquant d'un équipage de transports, les armées alliées no pourraient s'éloigner de leurs flottes, et envoyer tout d'abord 100,000 hommes au prince Menschikoff pour défendre la Crimée ;

Qu'une troisième campagne sur la Baltique eût, par contre-coup, reconstitué une Pologne, constitué l'Italie et affranchi l'Allemagne du joug que lui impose médiatement la Russie ;

Cinquièmement, que l'alliance entre la France et l'Angleterre n'est point un fait accidentel ou transitoire; qu'elle est, au contraire, le résultat d'intérêts permanents devenus communs aux deux nations par l'avènement d'intérêts nouveaux.

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Ces points étant établis par des arguments et des preuves dont le public est le juge souverain, l'auteur a été conduit naturellement à examiner quelques-unes des principales conséquences de cette guerre d'Orient, qui, entreprise au nom de la morale universelle sans acception de dogmes, marque une époque nouvelle dans la politique européenne.

Lorsqu'on parle de l'Europe, il n'est pas permis de faire prétérition de la, situation de l'Allemagne; un assez long chapitre est donc consacré à la question si, par l'ancienne confédération du Rhin, reconstituée selon l'esprit des temps actuels, il n'est pas possible de donner à l'Allemagne une liberté réelle, de faire à la Prusse une place convenable à son rang, et sans détruire l'Autriche, de lui enlever toute chance de continuer à vivre par le despotisme.

L'auteur examine ensuite si l'admission d'un

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gouvernement mahométan dans la famille des gouvernements de l'Europe, et les tentatives audacieuses de l'Eglise de Rome pour obstruer les voies de la civilisation, ne nous obligent pas à nous couvrir de nos libertés gallicanes contre les envahissements de l'ultramontanisme. Non-seulement il conclut en faveur de l'affirmative, mais il exprime implicitement le vœu que la France rompe d'une manière éclatante avec la politique exclusivement catholique où Mazarin l'a engagée par la paix des Pyrénées, et dans laquelle Louis XIV s'est précipité au mépris des exemples et des conseils de son illustre aïeul.

Ce n'est pas la simple tolérance religieuse qui a été conquise par nos pères sur les fils et les petits-fils d'Anne d'Autriche, c'est l'égalité des religions devant la loi : tout ce qui donne ou tend à donner un avantage légal quelconque à un culte sur un autre n'est pas selon les principes de 1789, c'est-à-dire n'est plus français.

Reprenant ici la question des moyens d'avancer les Turcs dans les voies de la civilisation, j'arrive

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