‹ L'Europe et la Russie remarques sur le siège de Sébastopol et sur la paix de Paris, conséquences probables H. LamarcheChapitre 174 sur 179 · I.'EdROPE ET LA RUSSIE · texte numérisé non relu

I.'EdROPE ET LA RUSSIE

ne prescrit aucune règle pour le gouvernement des choses ici-bas.

» La religion chrétienne est celle d'un peuple très-civilisé. Elle proclame la supériorité de l'âme sur le corps, de l'esprit sur la matière. Elle est née dans les écoles grecques ; elle est le triomphe des Socrate, des Platon, des Aristide sur les Emilius, les Flaminius, les Scipion. Les Romains soumirent la Grèce par la force de leurs armes, mais ils furent insensiblement subjugués par l'influence irrésistible des arts, des sciences, de l'esprit des vaincus. Les canons fondamentaux furent délibérés et décrétés en Orient pendant les huit premiers siècles, à Nicée, à Alexandrie, à Antioche, à Constantinople , en Chalcédoine, à Césarée, à Athènes. Comme tout ce qui est le résultat du progrès des lumières, la religion du Christ eut une marche lente. Il lui fallut quatre siècles pour s'asseoir sur le trône.

» L'Eglise chrétiénne promet pour récompense aux justes de voir Dieu face à face, récompense toute spirituelle, et par opposition elle menace les méchants de peines toutes corporelles. Cette contradiction s'explique : les méchants auraient bravé les peines spirituelles; la chair, qu'il faut soumettre, eût^été excitée par des récompenses matérielles.

» L'Arabie était idolâtre lorsque Mahomet y introduisit le culte du Dieu d'Abraham, d'Ismaël, de Moïse, de Jésus-Christ. Mahomet repoussa l'idée de trinilé comme participant de l'idolâtrie. « Dieu, ditil, n'a ni père ni fils; il n'y a d'autre Dieu que Dieu. » Par un contraste tout naturel, tandis que le

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Christ, s'adressant à un peuple gorgé de jouissances, mortifiait la chair en n'établissant que des récompenses spirituelles, Mahomet, s'adressant à un peuple pauvre et privé de jouissances, lui promit des plaisirs matériels pour récompense : fleuves de lait, houris toujours vierges, bosquets odoriférants.

» Mahomet fut prince. En peu d'années ses moslems conquirent la moitié du monde. Ils arrachèrent plus d'àmes aux faux dieux, culbutèrent plus d'idoles en quinze ans que le christianisme en quinze siècles. Mais il y a cette diirérence qu'à l'islamisme il fallait la victoire, et que, même vaincu, le christianisme eût fait son chemin dans les âmes et dans les esprits. Dans l'islamisme, qui périt au combat est absous de ses péchés ; les ailes des anges remplacent les membres perdus dans la bataille; l'encensoir est inséparable du glaive; le glaive est la clef du ciel. »

Ces paroles prouvent clairement que Napoléon, comme Montesquieu, ne voyait dans les religions que des motifs réprimants, des instruments de règne; elles le prouvent plus clairement encore quand on se souvient que le premier consul disait à l'époque du concordat : « II faut une religion au peuple. J'étais musulman en Egypte, je suis catholique en France. »

Et ceci n'est point une parole échappée à l'improvisation. Les égards, les respects, l'autorité dont le général en chef de l'armée française entoura les scheiks, et le dessein hautement avoué de s'établir

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c.n Egypte et en Syrie, et (Ty fonder une étape pour marcher à l'attaque de l'Inde britannique, ne laissent aucun doute sur la conviction de Napoléon louchant la possibilité, la facilité même, d'une transaction politique entre musulmans et chrétiens. Quanta l'opinion de l'empereur sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat en France, il y aurait témérité à prétendre la préciser autrement que par des actes de gouvernement. L'auteur a donc attentivement étudié les deux concordats conclus l'un sous le consulat, l'autre sous l'empire, et il reproduit le dernier qui n'est peut-être pas suffisamment connu.

Il cite en outre la lettre par laquelle le pape s'est refusé à l'exécution du concordat de I8i3, et le jugement qu'un archevêque, M. de Pradt, porte de cette lettre à laquelle on peut en sécurité de conscience dénier toute valeur, soit canonique soit diplomatique, contre un engagement librement et solennement contracté.

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