‹ L'Europe et la Russie remarques sur le siège de Sébastopol et sur la paix de Paris, conséquences probables H. LamarcheChapitre 26 sur 179 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mais, s'écrie-t-on, la religion musulmane supposant à jamais aux mariages mixtes et à tous ces mélanges et croisements de races qui finissent par faire un peuple de frères, il faut rejeter les Turcs en Asie. Je ne demande pas à qui on donnerait la Turquie d'Europe. Serait-ce aux Grecs d'origine qui sont les moins nombreux? Serait-ce aux Slaves. ou aux Roumains? Je pose une question plus simple : Il y a dans la Turquie d'Asie au moins 3 millions de chrétiens, dont 1 million d'origine grecque : comment s'arrangeraient-ils avec les Turcs? Vous voulez déplacer la difficulté, non la résoudre. L'argument tiré de l'incompatibifité de l'islamisme et du christianisme nous reporte aux temps des guerres religieuses; il déshonore la civilisation et ne peut profiter qu'à l'ambition moscovite. Si la formation d'une nationalité ottomane était impossible, la Russie n'aurait pas joué toute sa richesse, toute sa puissance pour empêcher les effets du grand principe qui doit ruiner toutes ses espérances en Orient, le principe de l'égalité des cultes devant la loi.

Nous allons voir que le czar a mal jugé la situation de l'Europe, mais l'auteur de ce livre s'abuse

étrangement si des quelques pages qu'on vient de lire ne résulte pas la démonstration que la Russie a mesuré d'un œil clairvoyant l'étendue des dangers dont sa politique de conquête est menacée par la réforme musulmane sur laquelle il reste à dire un mot dont le lecteur comprendra aisément la portée.

Dans tout l'empire ottoman, les conseils municipaux sont composés, sans distinction de religion ni de races, de musulmans, de chrétiens, de juifs, en proportion du nombre des membres de ces cultes. Tous les intérêts sont ici représentés. Voilà donc un ordre très-essentiel de choses où la fusion administrative est largement, sincèrement pratiquée. Or, un tel progrès n'est-il pas le gage certain de nouveaux progrès? Pour le nier, il faut nier que la vie municipale finisse toujours par réagir sur la vie politique, c'est-à-dire s'inscrire en faux contre la vérité la mieux prouvée par l'histoire.

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