SITI ATION 1)E L'EUROPE
Il est des esprits apprenant vite et beaucoup, mais qui arrivés à un certain point ne peuvent aller plus avant et sont également impuissants à se diriger à droite ou à gauche ; ils ont touché du premier élan à la limite de leurs facultés et leur savoir ressemble à la foi religieuse qui, n'ayant pas de réponse valable aux arguments que la raison lui oppose, s'écrie : « Je crois parce que je crois. » L'em|)ereur Nicolas était un de ces esprits vigoureux, mais circonscrits.
Elevé dans une cour oii le mensonge et la vérité
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32 i/kcropk kt i.a Russie.
sont employés comme armes également permises, il n'éprouvait aucune espèce de scrupule à tromper amis et ennemis, princes et peuples, lorsqu'il croyait le but où tendait sa politique, honorable en ce sens qu'il était proOlable à la Russie et conforme h l'idée ' d'un ordre social tout autocratique. Son frère Alexandre lui semblait avoir joué un coup très-loyal lorsque après avoir affiché le désintéressement il dit au congrès de Vienne : « Quant à la Pologne, pour que mes soldats en sortent, il faudra les en chasser. » La légitimité de la fraude, de la corruption, de la trahison ne semblait pas contestable à l'empereur Nicolas, à moins qu'elles ne servissent à violer une parole récemment donnée de prince à prince, ou ainsi qu'il aimait à le dire, de gentilhomme à gentilhomme. Les peuples n'étaient pour lui» comme pour tous ses prédécesseurs, y compris bien entendu Pierre I er , que des masses à conduire par la force ou par les expédients, là où l'on voyait leur bonheur et leur honneur. On n'a donc pas été juste, l'auteur des Turcs et <ks Russes, pas plus que d'autres, lorsqu'on attribue au caractère personnel du czar des procédés qui ont révolté la conscience générale en Europe. L'empereur Nicolas s'est montré un vrai czar russe dans l'anéantissement de la nationalité polonaise, dans l'intervention en Hongrie, dafls la
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guerre d'Orient. C'est l'Europe qui avait changé, lui, il était resté le même.
Son tort, c'est de n'avoir pas compris ce changement, mais c'est un tort d'intelligence bien plus que de caractère. Que voulait-il faire en Turquie? Ce que Pierre, Catherine, Paul I er , Alexandre et luimême avaient commencé non pas avec l'approbation, mais, avec le consentement tacite des gouvernements européens qui s'étaient résignés à la domination Russe en Orient, par personne interposée, comme à un malheur moins à craindre qu'une grande guerre qui pouvait seule l'empêcher. L'empereur Nicolas employait même certains ménagements qui, à son avis, auraient dû lui valoir la reconnaissance des gouvernements chrétiens. Il ne demandait point de nouvelles conquêtes territoriales, il voulait simplement s'établir en Turquie comme un protecteur religieux, empêcher par là un mouvement de fusion entre les mahométans et les chrétiens, laisser à la foi son empire et chloroformer le sultan pour le transporter tout doucement en Asie, sauf à s'entendre ensuite avec certaines puissances sur le partage d'une succession ouverte par la mort