V. ce qui est dit dans noire Avant-propos
8. Longtemps après la mort de Jean VIII, Photius se réclamait encore de l'autorité de ce pape, et vantait, non sans raison, son intrépidité et son esprit politique :« ôecriJLOtç tioXitixoïç èuapxetv 6uvâ|xevo; ». Photius, De S. Spiritus mystagogia (Migne, P. G,, t. Cil, p. 380). Excommunié de nouveau, et publiquement déposé par Jean VIII, Photius aurait tenu un tout autre langage.
l'on était parvenu à mieux déterminer la date de chacun de ses ouvrages, on aurait constaté que le patriarche byzantin ne reprit la plume pour attaquer les Occidentaux, que lorsque le pape Marin P'', lorsque le pape Formose surtout, trop peu oublieux peut-être des injures reçues par l'évêque de Porto, eurent remis en vigueur contre lui et ses ordinations toutes les anciennes sentences et tous les anathèmes d'autrefois*.
Pour extraordinaire que paraisse le fait, il faut reconnaître que c'est à l'orgueilleux Photius que Rome dut l'abandon des prétentions .byzantines sur l'Eglise bulgare. Photius et le synode de 879, inspiré par lui, avaient promis de s'entendre à ce sujet avec l'empereur 2. La promesse fut ténue, et l'année suivante Jean VIII pouvait écrire à Basile : « Je vous rends de nombreuses actions de grâces de ce que, par amour pour nous, et comme le demandait la justice, vous
1. Il nous reste deux écrits de ce genre, composés par Photius depuis son absolution par Jean VIII : la Lettre au patriarche d'Aquilée (Migne, P. G., t. Cil, p. 794-822), et le Traité de la Mystagogia du Saint-Esprit [ihid., p. 279 sqq,). De ce dernier ouvrage, je me contente de dire ici brièvement que l'allusion contenue dans son chapitre lxxxviii (Migne, p. 377) ne se réfère pas au sort du glorieux pape Nicolas I®»", comme on l'a cru jusqu'ici (V. Hergenrœther, Photius, t. I, p. 708), mais à la lugubre tragédie qui se joua à Rome autour du cadavre de Formose. D'où il suit que sa publication doit être reportée après l'année 896. Je crois également pouvoir affirmer que la Lettre au patriarche d'Aquilée a été écrite entre la mort de Jean VIII et l'avènement d'Hadrien III, c'est-à-dire sous le pontificat de Marin I*»" (882-884), Jean VIII n'existe certainement plus à ce moment là, car Photius dit de lui qu'il est âv àyi'oi; (Migne, p. 829), formule consacrée pour désigner les défunts, dans le langage ecclésiastique. Hadrien III n'a pas encore occupé le Saint-Siège, car Photius n'eût pas manqué, en cette circonstance, comme il le fera plus tard dans sa Mystagogia (Migne, t. Cil, p. 381 ), de tirer un argument en faveur de sa théorie sur le Saint-Esprit, de la lettre synodique qu'il avait reçue de ce pape. Quant à l'opuscule intitulé : EPOTHMATA AEKA, Photius l'a sans doute rédigé après sa rentrée en charge, puisqu'il y qualifie Ignace de ev àyiotç (Migne, t. CIV, ch. ix, p. 1232), mais il ne me paraît pas douteux non plus que ce soit à la fin de l'année 877 ou dans le courant de l'année 878, avant la sentence d'absolution prononcée par Jean VIII. Car l'un des desseins de l'auteur est précisément de se justifier d'avoir repris la dignité patriarcale, quoique déposé par les pontifes romains.
2. V. Actes du Synode de 879, sess. I et IV. (Coleti, t. XI, p. 386 et 460-461.)
nous avez permis de posséder le diocèse des Bulgares K » Le sacrifice n'était pas absolument sans mérite de la part de Photius ; car on ne croyait pas à Byzance que le territoire alors occupé par les Bulgares eût été autrefois, pour toutes ses parties, dans les limites du patriarcat romain^. N'exagérons rien cependant.
A en juger par le langage que tinrent certains évêques grecs au concile de 879, on était persuadé à Constantinople, du moins dans les milieux ecclésiastiques, que le glorieux empereur Basile aurait bientôt reconquis tout l'ancien territoire de l'Empire, et qu'on pourrait à ce moment-là refaire d'une façon définitive le partage des juridictions, en Bulgarie comme ailleurs^. Mais il est peu probable que l'empereur, que Photius lui-même aient tiré de pareilles illusions le motif de leur conduite. C'est plutôt parce que l'espoir s'éloignait de plus en plus de soumettre les Bulgares, qu'il parut indifférent à Basile de laisser la direction religieuse de ces peuples au pontificat romain. Aux yeux de Fautocrator, le gouvernement ecclésiastique perdait de son prix du moment où il ne menait pas à la domination politique. De môme, dans les idées de Photius, comme dans celles de la plupart des Byzantins de ce temps, la juridiction ecclésiastique ee réglant d'ordinaire sur l'étendue et les limites de l'État, ce n'était pas diminuer sérieusement le patrimoine du patriarcat de Constantinople, que d'abandonner à Rome un pays placé, j)Our longtemps sans doute, en dehors de l'Empire. 11 n'en demeure pas moins vrai que la renonciation fut faite : dès lors, la Bulgarie cesse de figurer sur les listes épiscopales du patriarcat byzantin*.