L'Europe et le Saint-Siège
L'époque carolingienne et plus spécialement le neuvième siècle se recommandent à l'attention des historiens par de nombreux sujets d'étude dont l'intérêt demeure actuellement encore très vivant et, sans rien exagérer, très passionnant.
C'est d'abord, au début du siècle, l'adaptation de l'ancien gouvernement impérial des Romains au monde nouveau créé par les conquêtes franques ; c'est l'entrée de l'Europe occidentale dans une forme politique plus ou moins faite à sa mesure, mais qui s'attachera à elle pour des siècles, où il faudra qu'elle vive, qu'elle souffre et prospère tour à tour.
Avec l'Empire et sous son protectorat commencent à s'organiser les Etats de l'Eglise, à se fonder définitivement ce pouvoir temporel des papes, objet de tant de préoccupations dans le passé et dont la disparition n'a pas tranquillisé tous les esprits.
Puis, dans un ordre de choses plus strictement religieux, c'est la Papauté qui arrive avec Nicolas P^'à la pleinejouissance de sa primauté de juridiction, qui attire à soi et se réserve toutes les questions importantes d'intérêt ecclésiastique et moral, se préparant ainsi pour plus tard, à l'époque du grand moyen âge, le rôle le plus magnifique, la plus puissante maîtrise d'âmes dont le monde ait jamais eu le spectacle.
Et cependant, par une coïncidence remarquable, le siècle de Nicolas 1" est aussi le siècle de Photius. En même temps qu'elle pose plus fortement la main sur l'Europe occidentale, la Papauté sent l'Orient lui échapper. Ce n'est pas, il est vrai, la rupture ouverte. L'Église grecque et l'Eglise romaine restent suffisamment unies, plus même qu'on n'a l'habitude de se le figurer. Mais dans l'ardeur des conflits soulevés à cette époque, le fond des cœurs s'est révélé. On a pu apercevoir, sinon la divergence actuelle des principes, du moins la source invétérée dont elle sortira plus tard. Aussi est-ce parmi les démêlés du célèbre patriarche byzantin avec les