VIII AVANT-PROPOS
papes de son temps qu'on est le mieux en situation d'approfondir le grand schisme oriental dans ses origines et dans ses causes.
Rien qu'à regarder de loin ce qui se passe au même moment dans l'immensité de la race slave, la mise en mouvement vers le christianisme de tout un monde, isolé jusque là dans la barbarie païenne, l'historien occidental se sent saisi d'un attrait singulier. Personne en effet ne saurait demeurer indifférent à la préparation, chez ces peuples, d'un avenir si important pour tous et qui n'a même pas encore donné toutes ses conséquences. Mais l'intérêt du spectacle acquiert une acuité bien autrement vive, lorsqu'on s'approche plus près, lorsqu'on découvre que, dans ce premier contact avec la civilisation chrétienne, les Slaves se trouvent comme pris entre deux influences contraires, entre Rome et Byzance qui s'offrent chacune à les former à son esprit et à ses mœurs, lorsqu'on songe à la différence de sort qui les attend, suivant qu'ils céderont à l'une ou à l'autre de ces sollicitations, suivant qu'ils se nourriront de Fâme romaine ou de l'âme byzantine.
On aurait presque toute l'étendue du vaste champ d'observation que présente l'époque carolingienne, si l'on voulait bien se souvenir que, dans Topinion de beaucoup d'historiens, le neuvième siècle fut le véritable berceau de la féodalité, qu'il importe par conséquent de le scruter à ce point de vue, ne fût-ce que pour constater dans quelle mesure on dit vrai, en attribuant à certains faits et à certains personnages de ce temps les responsabilités de la grande révolution sociale.
Ceux qui savent, pour l'avoir éprouvé, l'immense labeur que réclament les problèmes de ce genre, lorsqu'on tient à les résoudre autrement que par la fantaisie de l'imagination ou par les duperies du raisonnement pur, les historiens de profession et d'expérience ne s'attendent certes pas à rencontrer ici chacune de ces graves questions traitée dans toutes ses parties et épuisée dans toutes ses solutions. Il n'en est pas besoin, du reste. La science historique ne m'a pas attendu pour se mettre à l'étude de la période carolingienne et pour l'éclairer, sur plus d'un point, de toute la
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lumière désirable. Néanmoins, on admettra sans peine qu'un séjour prolongé parmi les hommes et les choses de ce temps ait pu suggérer à un observateur attentif quelques aperçus nouveaux, et que, les ayant obtenus en toute bonne foi, il trouve plaisir à les communiquera d'autres.
Personne, plus que l'auteur de ces études, ne déplore les retards qui ont empêché son travail antérieur sur Anastase le Bibliothécaire d'arriver à la connaissance de tous ceux qui pourraient, sinon s'y instruire, du moins s'y intéressera L'histoire des progrès de l'autorité pontificale au neuvième siècle se trouve là, esquissée avec ses traits les plus curieux et ramassée dans la Vie du célèbre secrétaire de Nicolas P*", en attendant qu'elle reçoive dans la Vie même de ce grand pape un développement mieux approprié à l'importance du sujet.
Nous entrons aujourd'hui, avec le pape Jean VIII, dans toutes les autres questions dont le détail est présenté plus haut. L'histoire du pontificat de Formose, qui suivra de près, s'il plaît à Dieu, nous permettra de les conduire à leur fin et d'en arrêter les dernières conclusions.
Quoique Jean VIII ait joué un rôle considérable dans les démêlés de l'Eglise byzantine avec l'Eglise romaine, ce n'est pas cependant autour de lui qu'on verra groupés les principaux résultats auxquels nos recherches ont abouti en cette matière. Nous n'en donnons, dans ce volume, que ce qu'il faut rigoureusement pour l'intelligence des autres événements. Il y a en effet, dans les idées qui ont cours sur l'attitude prise par Rome vis-à-vis de Photius et de l'Orient, des modifications profondes à introduire qui ne concernfent pas seulement le pape Jean VIII, mais encore et surtout ses successeurs. Il y a, de plus, à] la base de Texposé nouveau que nous croyons avoir le droit de produire, une longue étude de
1. Tout dernièrement, un érudit d'Allemagne, qui manque quelquefois ses conjectures par défaut d'horizon, Bruno Krusch, s'est avisé de mettre au compte d'Hincmar toute une série de fidsi£icAtions.^(^\. Heimser JRemigius- Falschungen, dans Neues Archiv, t. XX, p. 511, sqq.) Peut-être en eût-il épargné quelques-unes au grand archevêque de Reims, s'il avait mieux connu le monde romain de cette époque, et, en particulier, le très subtil bibliothécaire Anastase.