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Ihid. o f I

226 LE PAPE JEâ'N VIII

du bibliothécaire romain. L'érudition ecclésiastique d'Anastase, qui en imposait d'ordinaire, ne lui servit là de rien ; on en fît matière à sarcasme, comme aussi de sa science en grec, son autre titre de gloire et l'une des principales causes de son influence i. Il lui avait fallu rentrer à Rome avec l'humiliation d'un échec complet. Sur ces entrefaites, le pape Hadrien II était mort, laissant interrompue cette œuvre de restauration de la puissance impériale, qui avait été le grand souci de son pontificat, pour laquelle il avait tant essuyé d'affronts, et dont le sort allait maintenant dépendre des intentions de son successeur. Ces intentions, Rome n'eut pas longtemps à en scruter le mystère.

S'il se trouvait dans la ville pontificale des mécontents ou des amateurs de nouveautés qui attendaient du changement de pape un changement de spectacle ou de fortune, leur espoir ne dura guère. Du premier jour il apparut clairement que Jean VIII s'était assis dans la chaire de saint Pierre, non pour détruire, mais pour continuer la politique de son prédécesseur. On pouvait pénétrer dans le palais pontifical sans se douter qu'il avait changé de maître, tant on y retrouvait les mêmes visages familiers. Sur les trésors du vestiaire veillait toujours le môme officier, le neveu par alliance de Benoît III, Sergius de Aventino ^. Plus près du pontife, dans l'intimité de ses conseils, l'apocrisiaire Grégoire continuait à présider aux relations du Saint-Siège avec l'Empire, ce qui déjà suffisait à indiquer dans quel sens ces relations seraient poursuivies. Mais ce qui l'indiquait d'une façon plus sensible encore, c'était de revoir à son poste de bibliothécaire du Saint-Siège et de secrétaire particulier du pape, l'homme qui personnifiait depuis plusieurs années la politique d'accord avec l'Empire, le tout-puissant Anastase. Ceux

1. Yoy. le dialogue qui s'établit, à Naples, entre le clergé de cette ville et le bibliothécaire romain. Le sens vrai paraît en avoir échappé à l'éditeur de la Vita Athanasii, qui propose de substituer au mot syllemticos du texte, celui de cru)v)^riTiytoç [Script, ver. Lang., p. 447, et n^ 1). C'est évidemment auX);r,7:Tixwç (avec une pleine intelligence) qui répond à la suite des idées et à l'intention ironique des Napolitains.

2. V. sur ce personnage et le suivant les renseignements que nous avons donnés plus haut, p. 37-39,

qui connaissaient plus intimement le caractère et Fliumeur du nouveau pape devaient se dire que, si un pareil auxiliaire restait au Latran, c'était apparemment qu'on approuvait ses vues en haut lieu. 11 y a des gens qu'il faut briser, quand on ne les emploie pas, et le trop fameux bibliothécaire était de

ces gens-là.

L'occasion du reste s'offrit bientôt à Jean VIII de déclarer nettement ce qu'il pensait de son prédécesseur et de faire pressentir par là s'il suivrait ou non la même voie. Les moines du Mont-Gassin étaient de ceux qui se permettaient de juger sévèrement le pape Hadrien IL On ne le conçoit que trop. C'était chez eux qu'avait eu lieu la communion parjure du roi Lothaire, et plus d'un sans doute avait trouvé étrange la faiblesse ou l'aveuglement du poHtife. C'était chez eux encore que s'était achevé le dernier épisode de la sanglante tragédie qui avait coûté la vie à la femme et à la fille d'Hadrien IL Le père du meurtrier, l'évoque Arsenius, avait passé par lé Mont-Cassin en fuyant la colère du pape, et l'on montrait encore, dans un pré du monastère, la place où son cadavre avait été enfoui!. Que de fois cette lugubre histoire avait dû défrayer les conversations autour des cloîtres de la sainte montagne! Assurément, rien n'était à la honte d'Hadrien II dans une catastrophe où il avait été simplement malheureux. Mais on s'explique qu'à entendre sans cesse parler de la femme et de la fille du pape, des imaginations monastiques se soient effarouchées, et que quelque chose du scandale des faits ait rejailli, dans leur appréciation, sur la personne môme du pontife romain. Il y avait là surtout, à la tête de la communauté, un abbé qui ne prenait guère la peine de modérer son jugement. Berthaire, dont les hagiographes ont fait un Français d'origine 2, voire un membre de famille royale, mais qui était tout bonnement un Lombard du midi, de famille noble mais sans éclat, très lettré par ailleurs, très brave même, et

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