‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 107 sur 148 · V. Pactiim Hludowici a. 817 {ihid., p · texte numérisé non relu

V. Pactiim Hludowici a. 817 {ihid., p

3. « Quum itaque praedicto Lamberto multa cotidie bona fecissemus, dignum impendissemus honorem supra quem anlecessores nostri parentibus illius fccissent, ipse pro bonis mala retribuens, etc. » Lettre de Jean V/If au comte Bérenger (Migne, ep. 106, p. 755).

temps antérieurs^, mais qui avait été au moins une réalité très sérieuse sous les premiers empereurs, à l'époque où l'éloignement du centre de l'Empire rendait nécessaire, pour le Saint-Siège, une protection plus immédiate -. Lambert, au moment de l'arrivée de Charles le Chauve en Italie, se trouvait dépouillé de son duché. Il l'avait précisément perdu pour s'être permis, en 867, d'exercer arbitrairement sa fonction de représentant de l'empereur Louis II, pendant que les Romains étaient occupés à la consécration du pape Hadrien IP. En dépit d'un semblable précédent, qui aurait dû

1. Surtout en la transportant à l'époque même des rois lombards (Migne, t. CXXXIX, p. 51 D.)

2. Le duc Winigise (789-822) resta longtemps investi de cette fonction. V. Ann. Lauriss., a. 799, et les Annales dites d'Eginhard, a. 799 et 815. (Pertz, SS., t. I, pp. 184, 187, 202.) V. aussi la note suivante.

3. « Igitur Lampertus Witonis filius, dux Spoletanus, tempore consecrationis hujus venerandi pontificis Romanam urbem pre consuetudine sicut iirannus intravit, non rebellantem sicut victor satellitibus suis ad praedan-

dum distribuit Propter quse apud Augustos piissimos Romanorum que-

rimoniis pre^ravatus, ducatum perdidit. » Vita Hadriani 11^ c. xx ( Lih. pontif., t. II, p. 177). Au soin que prend l'auteur de la Vita de bien marquer qu'aucune révolte des Romains n'avait justifié la conduite de Lambert, et qu'une entrée à Rome dans ces conditions et avec cette violence était contraire à la coutume, — l'empereur lui-même devait écrire au pape avant de se présenter dans la ville pontificale, — on peut voir que le duc de Spolète n'usurpait pas en cette circonstance une fonction qui ne lui appartenait pas, mais que son crime était de l'exercer arbitrairement et tyranniquement, M sicut tirannus ». Louis II étant parti l'année précédente en expédition pour l'Italie méridionale, et devant rester longtemps absent, il est à croire que Lambert avait été laissé dans son duché pour veiller sur le Saint-Siège. C'est ainsi que je m'explique pourquoi, dans le décret de mobilisation générale publié en 866 par l'empereur en vue de son expédition, le gouvernement de Lambert ne figure pas parmi ceux qui doivent envoyer des troupes dans le Midi; car Lambert était certainement alors duc deSpolète, il l'était même depuis l'année 860 environ, et on le rencontre avec ce titre ( Lambertum ducem Spolitensium) dans le récit d'événements arrivés vers cette date. (V. Erchempert, Hisl. Laugoh. Benevent., c. xxrx, Script, rer. Langoh. , p. 245; à rapprocher de la Chronica S. Benedicti Casin., c. xiir, ibid., p. 475.) L'omission de Lambert dans le décret de mobilisation de 866 est d'autant plus remarquable qu'on y demandait des troupes à Guy II (et non à Guy l'Ancien), son jeune frère, qui gouvernait l'autre partie du duché de Spolète. (V. Constitutio proniotionis exercitus observationis partibus Beneventi, ap. Script, rer. Lang., p. 470.) Quant au Lambert qui eut quelque

mettre le pontife sur ses gardes; en dépit du caractère ambitieux et dissimulé dont Lambert avait déjà donné plus d'une preuve, — il avait débuté dans son gouvernement par une révolte contre Louis II, suivie presque aussitôt d'une soumission peu sincère ^, — ce fut Jean VIII qui décida le nouvel empereur à le replacer à la tête du duché de Spolète, alors occupé par Suppon, cousin et créature de l'ex-impératrice Engelberge. Ce fut sur les instances de Jean VllI, et malgré Jes nombreuses objections soulevées par Charles le Chauve^, plus expérimenté en pareille matière et plus défiant à l'égard de la famille de Spolète^, que Lambert reçut, avec une nouvelle investiture de sa charge, l'honneur d'être l'auxiliaire et le protecteur officiel du Saint-Siège *.

Évidemment il y avait eu là, sur le choix de l'instrument,

temps le gouvernement de Capoue (V. Erchempert, Hist . Lang. Be/iev., c. xxxii,p. 247), c'est à tort, selon moi, que l'abbé Duchesne l'identifie avec Lambert de Spolète (V. Lib pontif.^ t. II, p. 186, n. 18) ; il s'agit de Lambert le Chauve (V. Hincm. ann., a. 873, p. 495), le frère probablement de Guy l'Ancien et l'oncle de son homonyme de Spolète. Je ne trouve pas non plus de raison suffisante pour douter de l'exactitude de la Vita Hadriani II, lorsqu'elle attribue la disgrâce de Lambert à son équipée dans Rome. On voit bien le turbulent personnage s'agiter de nouveau et comploter contre Louis II à la fin de l'année 871, en compagnie de l'autre Lambert (le Chauve) ( v. Erchempert, Hist. Lang. Benev., ch. xxxv, p. 248; Vit. Hadr. Il, ch. xxi^ ihid, p. 177); mais il n'était pas nécessaire pour cela qu'il eût gardé son duché de Spolète jusqu'à cette date.

1. V. Chronica S. Bened. Casin.^ c. xiii [Script. rer. Lang., p. 575).

2. Un an après, Jean VIII fera lui-même un acte de contrition à ce sujet et confessera en toute franchise que Charles le Chauve, en cette circonstance, avait vu plus clair que lui : « Illud tamen nos intérim ad memoriam vestram reducimus, quod nobis olim de Ansegiso et Lantberto specialiter quodam praesagio futurorura tanquam providus rêvera praenuntiastis. Est enim ita gestum ut prœvidistis, et nil vos ante latuit quod pôstmodum intel- Icctus nostri oculus non aspexit. » Lettre de Jean VIII à Charles le Chauve (Migne, ep. 44, p. 698).

3. Charles le Chauve avait eu souvent à s'en plaindre, à l'époque où elle occupait des charges dans l'ouest de la France et particulièrement dans la Marche de Bretagne. V. Prudence de Troyes, Annales, a. 844. (Pertz, SS., t. I, p. 440, 441). Le Lambert, grand-père du Lambert actuel de Spolète, avait été le plus puissant des partisans de Lothaire : « Lantbertus, fautorum Lotharii maximus ». Prudence, a. 837, p. 431.

4. En 878, Jean VIII rappellera encore ce rôle de protecteur du Saint- Siège que Lambert aurait dû remplir moins tyranniquement : « Omne terri-

une de ces erreurs comme il était si facile d'en commettre alors, à une époque où rien, dans le domaine politique, no fixait la mobilité des caractères ni ne contrariait l'inspiration variable des passions humaines, où seul l'intérêt particulier du moment dictait les attitudes et changeait les partis, mettant tour à tour les mêmes hommes dans des camps opposés, et d'un ami de la veille faisant le plus mortel ennemi du len^ demain. Jean VIII, pour sa part, eut souvent à regretter d'avoir mis sa confiance dans des personnages douteux. On le voit souvent occupé à briser des instruments qu'il avait forgés de ses propres mains, et prendre ainsi pour lui les apparences d'une versatilité et même d'une duplicité dont la réalité était surtout chez les autres. Du moins faut-il reconnaître ici qu'en se donnant pour voisin un homme comme Lambert, en travaillant à ce que ce duc au passé suspect pût s'autoriser désormais d'une délégation spéciale de l'Empereur pour imposer ses volontés, le pape Jean YIII songeait à tout autre chose qu'à spéculer sur l'effacement de l'autorité impériale en Italie.

On aurait même eu la pensée complète du pontife et dégagé tout le plan que l'avènement de Charles le Chauve avait fait surgir dans son esprit, si Ton avait su rapprocher du rôle confié alors au duc de Spolète pour l'Italie, celui que reçut, pour la France, l'archevêque de Sens, Ansegise. En même temps qu'il essayait de retenir auprès de lui, et pour ainsi dire sous sa main, la force de l'autorité impériale dans la personne de Lambert, Jean VIII mettait sa propre autorité à la portée de l'Empereur, par l'institution d'un légat permanent du Saint-Siège dans les Gaules et la Germanie.

Cinq ans auparavant, en 870, était venu à Rome, chargé

torium sancti Pétri invasit Lambertus, et quod defendere débet ab hostibus, tyrannice dominatur invasum. » Lettre de Jean VIII au comte Bérenger (Migne, ep. 106, p. 755). D'après Erchempert, Guy, frère puîné de Lambert, et qui gouvernait une autre partie du duché de Spolète, aurait aussi reçu de Charles le Chauve la mission de secourir le pape : u Gum Carlus, filius Judittœ sceptrum insigne Romam suscepisset, Lamberlum ducem et Guidonem, germanum illi, Johannis papae in adjutorium dédit. »IIist. Lang. Benes>., c. XXXIX ( Script, rcr. Lang., p. 249),

d'une mission de Charles le Chauve, un certain abbé de Saint-Michel, nommé Ansegise^, élevé depuio à l'archevêché de Sens. L'ancien moine n'était pas aussi sûr qu'il en avait l'air, — il le prouvera bientôt, — mais durant son séjour de plusieurs mois parmi les Romains ^, il s'était tellement bien comporté, tellement bien approprié aux personnes et au milieu, qu'il avait laissé dans l'esprit de Jean VIII, alors archidiacre, l'impression' d'un homme à la fois très sage, très saint et très dévoué^. Pour un peu, le pontife l'aurait appelé à des honneurs plus grands encore, comme lui-même s'en est expliqué*. Et cependant la charge qu'il lui confia le 2 janvier 876, pouvait être difficilement surpassée ; car elle mettait à la disposition de l'archevêque de Sens la plénitude de l'autorité pontificale pour toutes les affaires de Gaule et de Germanie, ne réservant au Saint-Siège que les questions plus graves et plus épineuses, dans les cas où le légat estimerait lui-même devoir en référer à Rome ^. Aussi les

t. V. Hincm. ann., a 870, p. 490, et Lettre d' Hincmar de Laon à Hincmàr de Reims (Migne, t. CXXIV, ep. 8, p. 1033 c).

2. Ansegise n'était pas reparti de Rome avant le 25 mars 871; car les lettres d'Hadrien II qui lui furent remises, portent cette date. V. Jaffé- Ewald, n»» 2936 et 2938.

3. « Talem quippe illum (Ansegisum) agnovimus, talemque circa Sedem apostolicam devotum et in commisso fidelem reperimus, ut merito ei lalia committi posse ducamus. » Lettre de Jean VIII aux évêques de Gaule et de Germanie (Migne, ep. 15, p. 660),

\. « ... Quin ethis majora conferre debere illi sine cunctatione credamus, pro sua scilicet sanctitate, et fidei merito, atque divinitus sapientiae dono concesso. w Même lettre, ihid.

5. « Ansegisum fratrem et coepiscopum nostrum Senonensis ecclesiae praesulera, qui quoties ulilitas ecclesiastica dictaverit, sive in vocanda synodo, sive in aliis negotiis exercendis per Gallias et Germanias vice nostra fruatur. Et volumus ut décréta Sedis apostolicae per ipsum vobis manifesta efficiantur, et rursus quae gesta fuerint, ejus nobis relatione, si necesse fuerit, pandantur : ut majora negotia ac difliciliora quaeque suggestione ipsius a nobis disponenda et enucleanda quaerantur. » Ihid. D'après les Actes du synode de Ponthion, il semble bien que, cette fois encore, Charles le Chauve avait plutôt consenti que poussé à cette nomination : « Papa Johannes sanxit connivente et consentiente et condecernente domno et gloriosissimo Karolo imporatore. » ( Monum. Ger/n., Leg. Sect. II, part. II, p. 352.) Il aurait du moins, comme pour Lambert, élevé des objections contre le choix du titulaire. V. la lettre de Jean VIII citée plus haut, p. 256^ n« 2.

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vieux chroniqueurs sénonais ont-ils traduit à leur façon cet acte de Jean VIIÏ, en disant qu'il avait fait d'Ansegise un « second pape ^ ».

L'idée d'une telle institution n'était pas, à vrai dire, absolument nouvelle. Pour ne pas parler des anciens vicariats, qui répondaient à une situation politique différente, une délégation apostolique du même genre avait été jadis accordée par le pape Sergius II à l'archevêque de Metz, Drogon^, ce fils tardif de Charlemagne et de Régina, qui devait un jour payer de sa vie, dans les eaux de l'Oignon, son amour inconsidéré pour la pêche à la ligne ^. Mais ce qui n'avait été, de la part de Sergius, qu'une concession faite de plus ou moins bonne grâce aux vues politiques de l'empereur Lothaire *, Jean Ylll le reprenait pour son compte et dans une pensée qu'il a lui-même réduite en formule précise. D'après sa manière de voir, l'alliance de l'Empire et de la papauté, c'est l'accord parfait de deux volontés mettant chacune au service de l'autre toute la puissance dont elle dispose ^.

Il n'y a du reste qu'à prêter attention à ce que fait et écrit Jean VIII dans les premiers mois de l'année 876, pour cons-

1. « Secundus papa appellari meruit. » Odoranne de Sens, Opusculum II. Duru, Bibliothèque historique de l'Yonne, t. II, p. 394 et 439.)

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