JUGEMENT DE JEAN VIII
Qui (Carolus Calvus) nobis lanquam splendidi^simum astrum ab arce polorum illuxit, non solum monumenta progenitorum, bonitatem electœ radicis ferens in ramo, alacriler aequiparavit; verum etiam omneprorsus avitum studium vicit, et universum paternum certamen in causa religionis atque justitioe superavit: Ecclesias videlicet Domini diversis opibus ditans, sacerdotes ejus honorans, hos ad utramque philosophiaro informans, illos ad virtutes sectandas adhortans, viros peritos amplectens, religiosos venerans, inopes recreans, et ad omne bonum penitus subsecutus, et omné malum medullitus delestatus. Discours de Jean VIII au concile de Ravenne en 811 (Sirmond, Conc. GalL, t. III, p. 458).
le gouvernement supérieur, est celle qui a le plus à gagner ou à perdre dans les compétitions de la maison de France et delà maison de Germanie. Selon les vicissitudes de la politique adoptée par Charles le Chauve, le temporel de l'archevêché de Reims diminue ou s'agrandit. Or, quoiqu'on ne puisse dire d'Hincmar qu'il ait jamais trahi son roi par ambition, quoique au contraire sa fidélité se soit toujours maintenue sans défaillance grave, malgré de sérieux mécontentements, il faut bien reconnaître que le grand évéque a été, autant qu'un autre, homme de son temps, très sensible à ses intérêts personnels et aux intérêts de sa fonction, et prenant sur eux la mesure de ses jugements, plutôt que sur des considérations de politique générale^. Charles le Chauve aurait assurément reçu de lui plus d'éloges, s'il avait borné son ambition à étendre ou à fortifier sa frontière du nordest, dans la proportion exigée par la sécurité et la grandeur de l'église de Reims. Mais, pour avoir été plus réservée, l'opinion d'Hincmar ne fut pas cependant contradictoire, et il reste vrai que Jean VIII s'est fait illusion en très nombreuse compagnie, si tant est qu'il puisse y avoir illusion complète, lorsque tant de monde voit la même chose et de tant de côtés différents.
Il faut sortir des états de Charles le Chauve, et entrer sur le territoire ennemi, dans ce diocèse de Mayence où l'on est, comme à Reims, aux avant-postes du combat, pour rencontrer des expressions dédaigneuses ou méprisantes à l'adresse du roi des Francs occidentaux. C'est là, en effet, sous les auspices de Liutbert, de cet archevêque batailleur qui laissait volontiers ses tournées pastorales pour donner la chasse aux Normands ou aux Slaves, que se rédigea la troisième partie des Annales de Fulde si injurieuse à l'honneur de Charles le Chauve-. C'est à l'auteur de ce récit passionné, un certain Méginhard, semble-t-iP, venu de Fulde à Mayence mettre sa plume au service de l'archevêque Liutbert, que l'on
1. V. Emile Bourgeois, Le Capitiilaire de Kiersy-sur-Oise , p. 111 sqq.^ Schrœrs, Hinkmar Erzhischof von Re'uns, p. 381, 473, etc.
2. V. Wattenbacb^ Deutschlands Geschichtsquellen im Miitelalter^Çt^ cdil., t. I, p. 229.