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Annales Xantenses, a, 872 (Pertz, SS., t. II, p

2. V. Auxilius, Libellas in defensioneni Stephani episcopi, c. ii, où Jean VIII est qualifié de « bonus pastor » (ap. Dûmraler, Auxilius und Vulgarius, p. 98) ; et Vin defensioneni s. ordinationis papse Forniosiy lib. I, c. IV, où il est question de sa « piété apostolique » iibid., p. 64).

3. « Johannes... qui Italiam, Germaniam peragravit, et ea quœ prava et invia atque aspera erant correxit, erexit et direxit ». Invectiva in Romam (Dùmmler, Gesta Berengarii, p. 45).

tion avec le plus d'étendue et de profondeur, estimait que la légende s'était formée à Rome, sous la double influence d'une statue et de son inscription. La statue, qui représentait peut-être à l'origine un prêtre avec son servant ou quelque divinité païenne, serait devenue, dans l'imagination populaire, une mère avec son enfant ; et, comme l'inscription abrégée pouvait se prêter à une lecture de ce genre : Parce^ Pater Patrum^ papissœ prodere partum^ ou encore :,Papa, Pater Patrum^ papissœ pandito partum^ on aurait bâti làdessus l'histoire d'une femme-pape, dont le sexe se serait trahi par un accouchement malencontreux, suivi d'une mort non moins lamentable ^

Que la fable de la papesse Jeanne se soit en quelque sorte localisée devant les formes plastiques et scripturales dont parle Dôllinger, qu'elle leur ait même emprunté quelques détails et embellissements nouveaux, cela ne peut faire aucun doute. La plus ancienne rédaction de la légende que nous connaissions jusqu'à présent, celle du dominicain Jean de Mailly (vers l'an 1250), s'est manifestement accrue de particularités imaginées à Rome en présence de la statue et de l'inscription ci-dessus mentionnées. On y lit textuellement : « Uhi obiit (papissa) ibi sepuUus est^ et ibi inscriptum est : Petre^pater patrum^papisse prodito partum'^. » Mais, ce qu'il est difficile de concevoir, c'est que la première idée d'une histoire de ce genre ait pu venir à l'imagination de qui que ce soit, sur la seule vue d'une figuration aussi vague par elle-même, et que l'inscription annexée ne précisait qu'autant que la légende existait déjà dans l'esprit du lecteur. Manifestement, pour être fécondée à pareil spectacle, l'imagination avait besoin de posséder antérieurement le germe de la fable en question, de l'entretenir en quelque sorte à l'état embryonnaire.

1. V. Dôllinger, Die Papst-Faheln des Miltelalters , p. 27-28.

2. V. L.jWeiland, dans Neues Archiv der Gesellschaft fUr altère deutsche Geschichtskunde , t. XII, p. 471. Peu de temps après Jean de Mailly, Etienne de Bourbon reproduisit le texte de son confrère, dans son Tractatus de septem do/lis Spiritus Sancti (v. Quétif et "E^chsivày Script or es ordinis Prsedicatoriim, t. I, p. 544 }.

364 APPENDICE

N'est-ce pas d'ailleurs ce qui eut lieu réellement, et n'avonsnous pas la preuve documentaire que, bien avant le treizième siècle, la fantaisie occidentale ét^it déjà sur la voie, sinon en possession de la fameuse légende?

Dès le dixième siècle, il circulait en Italie, sur le compte du patriarcat de Constantinople une histoire assez analogue à celle qui circulera plus tard sur le compte du pontificat romain. Le chroniqueur de Salerne, grand amateur d'aventures romanesques, raconte sérieusement qu'il y avait une fois sur le siège patriarcal de Byzance un homme juste et bon « vir bonus et justus », qui aimait un peu trop sa nièce. Désirant donc la garder près de lui, il l'avait fait habiller en homme, et, plus tard, sur son lit de mort, il s'était permis de la recommander aux bons soins de ses clercs. Ceux-ci qui ne se doutaient de rien, et qui prenaient la nièce pour un eunuque, l'avaient choisie pour succéder à son oncle, si bien que durant un an et demi l'Église byzantine s'était trouvée gouvernée par une femme, sans que l'histoire ajoute si l'aventure avait tourné bien ou maU.

D'où venait cette légende? Était-elle née sur le sol italien, ou n'était-ce qu'une importation orientale ? L'élément byzantin qui, encore à cette époque, enveloppait de toutes parts le pays de Salerne, rend la seconde hypothèse aussi vraisemblable que la première. Toujours est-il que, malgré sa fausseté notoire, l'histoire de la patriarche s'empara si fortement des esprits, qu'on la racontait encore couramment à Rome, vers le milieu du onzième siècle. Le pape Léon IX se défend d'y ajouter foi, mais il ne néglige pas cependant d'en faire usage, pour rabaisser l'orgueil des Byzantins. « A Dieu ne plaise, écrivait-il en 1054 au patriarche Michel Gérulaire, que nous voulions croire ce que raconte le bruit public, à savoir que l'Église de Constantinople, en élisant des eunuques contrairement au premier canon de Nicée, se soit un jour exposée à faire asseoir une femme sur le siège de ses pontifes 2 ».

Il est possible que tout le monde ne parvienne pas à se

1. V. Chronicoii Salernitanum, c. xvi (Pertz, SS., t. III, p. 481). •

2. V. Lettre de Léon IX à Michel (Migne, P. L„ t. CXLIII, p. 760).

persuader qu'une fois en possession des esprits le conte de la femme-patriarche dut* amener un jour ou l'autre le conte de la femme-pape. Nous pouvons du moins tirer de la lettre de Léon IX à Michel Gérulaire cette conclusion rigoureuse, que l'adaptation à l'Eglise romaine n'était pas encore faite en 1054, et que personne à cette date ne reprochait aux Romains d'avoir élu pour pape une femme. Autrement, Léon IX ne se serait pas exposé si témérairement à la riposte des Grecs; il n'aurait pas surtout pris ce ton de profond étonnement et d'indignation extrême, en un sujet si peu nouveau et si délicat pour la Papauté. Deux siècles après Jean VIII, la légende soi-disant amenée par lui n'existait pas encore.

J'estime, pour ma part, et contrairement à l'avis non motivé de Hergenrother^, que la filiation du conte occidental avec le conte byzantin n'offre aucune invraisemblance. L'idée sans doute n'est pas nouvelle, quoique, dans ces derniers temps, un savant d'Allemagne se soit imaginé l'avoir découverte^; elle remonte jusqu'à Beljarmin^, mais elle n'est pas plus mauvaise pour cela.

Il me paraît tout à fait croyable que le seul travail de l'imagination, sans le secours d'aucun monument écrit ou figuré, ait suffi à changer le lieu de la scène et la qualité des personnages, à mettre un pape où il y avait un patriarche, Rome à laplace de Byzance.Puis, s'offrant à des imaginations ainsi préparées, les représentations plastiques décrites par Dollinger ont achevé l'œuvre, et nourri de détails ce qui n'était encore qu'une fable confuse et maigre.

On aurait même ainsi toute la genèse de la fameuse légende, si Ton y ajoutait un dernier élément qui n'a pas été, selon

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