V. Liber poutificalis, éd. Duchesne, t. II, p
2. De tout le dixième siècle, il n'existe aucun extrait direct ou indirect d'un registre pontifical. Le dernier du neuvième siècle est d'Etienne V,
l'une me paraît avoir été le plus ou moins de développement qu'aurait pris en certains cas le registre. D'après une opinion récemment émise, avec preuves, par Kaltenbrunner, et mieux encore par le P. Denifle, les grands registres pontificaux qui nous sont restés du treizième siècle ne seraient eux-mêmes que des réductions de registres plus considérables, aujourd'hui disparus ^ C'est avouer, ce me semble, qu'au treizième siècle la nécessité s'était imposée à la chancellerie romaine d'avoir à sa disposition des recueils plus maniables, d'un emploi plus pratique. Or, il est à croire que l'on n'avait pas attendu si longtemps pour faire cette découverte, l'intrépidité des scribes pontificaux n'ayant pas été précisément plus active au neuvième siècle, par exemple, qu'au treizième. Il y a môme lieu de penser que, l'usage des minutes rendant alors la chose possible, on ne prenait pas toujours la peine de rédiger d'abord un plus grand registre; qu'on se contentait, quand surtout la correspondance d'un pape prenait des proportions inquiétantes, de faire un triage dans les documents et d'en composer exclusivement le registre officiel. Dans ces occasions, le reliquat des minutes non utilisées était vraisemblablement formé en tomi^ et conservé dans les archives, quand la négligence de certaines époques ne le laissait pas tout simplement aller à l'abandon.
Là seulement se trouve l'explication d'un fait qui n'a pas encore été signalé, du moins à ce point de vue. Il est à remarquer en effet que, dans les temps anciens, la composition d'un registre pontifical a constitué, aux yeux des historiens, un mérite personnel pour leurs auteurs, un titre littéraire bon à noter et à mettre en relief. C'est ainsi que Pierre Diacre, dans son De viris illiistribus Casiaeiisis cœiiobii^ relève, à l'honneur du docte et éloquent cardinal Léon, le fait d'avoir composé le registre du pape Urbain II ^. C'est ainsi encore qu'un autre ancien moine du Mont-Cassin, l'historien-poète Jean de Gaëte, plus tard pape sous le nom de Gélase II, est
1. V. Kaltenbrunner, Rœmische Studien, dans Mitlheiliingen d. Inst.f. œsterr. Geschichte, t. V, p. 215 et 223; Denifle, Die pxpstlichen Registerhœnde d. 13 Jahrh., etc. {Archù', t. II, p. 55, sqq.)
2. Léo.... scripsit ex nomine Urbani papœ quamplures epistolas, fecit et registrum ejus. » (Migne, P. Z., t. CLXXIII, p. 1039.)
loué par le même Pierre Diacre, pour avoir rédige le registre de Pascalll, lorsqu'il n'était encore que chancelier de l'Eglise romaine ^ On ne s'explique réellement pas comment de tels hommes eussent attiré la louange, ou môme simplement fixé le souvenir de la postérité sur cette partie de leur œuvre, si le registre pontifical n'avait été alors qu'une compilation banale de pièces mises bout à bout; si, par son caractère de sélection et de choix, il n'avait pris au moins l'apparence d'une composition individuelle^
J'oserai môme ajouter que la vérification de cette théorie, trop nouvelle peut-être, est fournie par le registre de Grégoire VIÏ, arrivé jusqu'à nous. Si extraordinaire que puisse paraître ce sentiment, je me permets de croire que, malgré le petit nombre relatif de ses pièces, malgré l'esprit de discernement qui paraît avoir présidé à sa confection, le recueil des lettres de ce pape, tel qu'il est surtout contenu dans le manuscrit actuellement aux archives vaticanes, et édité par Jaffé^, représente un registre original, formé à l'époque môme de Grégoire VII et déposé de son temps dans la bibliothèque du Saint-Siège, à titre de document ofiiciel. La preuve que j'en ai est unique, mais, à ce qu'il semble, suffisante. C'est ce môme recueil que, vers la fin du onzième siècle, presque aussitôt après la mort de Grégoire VII, les fureteurs d'archives ont rencontré dans la bibliothèque pontificale, qu'ils ont compilé, à l'autorité duquel ils se sont référés. C'est celui que le cardinal Deusdedit a vu et qu'il a cité.
Ou plutôt, entendons-nous. Il y a Deusdedit et Deusdedit comme il y a registre et registre. Quoi qu'on ait écrit à ce propos, et malgré la science profonde de certains des opinants, je ne suis pas encore parvenu à me persuader que la partie si intéressante pour les anciennes archives de l'Eglise romaine, qui, dans la collection canonique de Deusdedit, forme les chapitres cxlix et cl du livre III, jusqu'aux mots : lu no^ mine Domini Dei omnip o tenus ^ de la page 333, ait été compilée par le cardinal en personne^. Je suis au contraire porté à
1. « Gelasius S. R. E. cancellarius descx^ipsit registrum Pasclialis papœ II. » Ihid., p. lO'ie.