‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 28 sur 148 · Ihid., ep · texte numérisé non relu

Ihid., ep

5. « Census vigenti quinque milium in argento mancusorum annualiter. » Lettre de Jean Vlll à Carloman (Migne, ep. 117, p. 771).

6. V. Lettre de Jean VIII au patriarche Théodose (Migne, ep. 213). -7. V. Lettre de Jean Vlll aux Amalfitains (Migne, ep. 288).

8. V. Lettre de Jean VI H à Engelberge (Migne, ep. 336, Jaffé-Ewald, no 2966) ; Gregorovius, Gesch. d. Stadt Rom, t. III, p. 187-8.

LKS BULGARES 35

belles orgues qu'un prôtre vénitien avait depuis peu appris aux Allemands à construire ^

Il est vrai que Jean VIII, s'il sait employer l'argent, sait aussi le recueillir. On ne parvient pas facilement, avec lui, à frauder le trésor. Ses comptes sont bien à jour, et quand ses créanciers sont en retard, comme l'étaient les Bavarois, en 873 et en 877, il ne manque pas de les avertir^. L'argent cependant, plus encore que les hommes, n'est pour lui qu'un moyen, non une fin. Il l'amasse pour atteindre un but politique ou religieux, et un peu aussi pour satisfaire ce goût inné des belles choses qui est en lui.

Une riche vaisselle l'accompagne dans ses voyages. Il la surveille de près, et il ne fait pas bon qu'on lui en dérobe quelque pièce. Un pauvre prêtre français, qui l'avait servi à table durant son séjour à Flavigny, l'apprit à ses dépens. Un plat d'argent ayant disparu pendant le service, Jean VIII le rendit responsable du vol, et l'excommunia jusqu'à ce que restitution fût faite ^.

Plus vive encore était la sollicitude de Jean VIII pour ses brillantes écuries. Un de ses grands désirs avait été de propager dans ses Etats la race des rapides chevaux arabes, dont les Sarrasins lui avaient appris à connaître Futilité dans les combats, mais qu'ils se gardaient bien de lui livrer, leur habitude étant de tuer ou d'énerver leurs chevaux, lorsque, surpris par une attaque soudaine, ils se voyaient contraints de les laisser aux mains de l'ennemi^. L'idée lui vint alors d'en faire venir jusque du fond de la Galice, et d'en deman-

1. Lettre de Jean VIIl à Anno de Freising {Migne, ep. 1, p. 652), Georges, prêtre vénitien, avait lui-même appris cet art des Byzantins. V. EiiiJiardi annales, a. 826 (Pertz, Script., t. I, p. 214-215).

2. Lettre de Jean VIII à Carloman ( Migne, ep. 93, p. 744); Lettre à Tlieotmar de Salzburg (ep. 94, p. 745); Lettre à Anno de Freising [ep. \, p. 651).

3. « Aduvardum presbyterum, qui nobis in monasterio Flaviniaco ministravit, cujus homines scuteliam argenteam sancli Pétri, nescio utrum consensu illius an non turati sunt, pro sacrilcgo furti excommunicamus, » Lettre de Jean VI II à tous les chrétiens (Migne, ep. 127).

4. V. Lettre de Léon III à Charlemagne (Jaffé, Bibliotheca rerum germanicaruni, t. IV, p. 324); Chronica S. Benedicti casinensis, c. vi [Monum. Gerni. hist. Script. Langob.^ p. 472).

der quelques-uns au roi Alphonse^. Celui-ci fît-il droit à la requête du Pontife; était-ce des chevaux galiciens que montaient Jean YIII et sa suite, dans leur voyage en France de l'année 878? Le fait est que les gens de Châtillon-sur-Saône les trouvèrent tellement à leur goût, qu'ils les dérobèrent la nuit; ce qui leur valut, comme aux voleurs de vaisselle, une sentence d'excommunication, aggravée cette fois d'un anathème^. Jean YIII, à vrai dire, dans un pays étranger, n'avait Sfuère d'autres armes sous la main.

Pour tout résumer, tel qu'il était, rompu aux affaires, fin, retors môme, si l'on veut, autant qu'actif et résolu, Tancien archidia.cre semblait le pape qui convenait à cette époque de transition, à la fois barbare et raffinée, où il fallait en môme temps contenir les rudes mœurs de l'Occident et lutter d'adresse avec la diplomatie byzantine, si habilement conduite par l'illustre Basileus, Basile le Macédonien.

L'entourage de Jean VIII. — Rome surtout avait besoin d'un tel pontife, dans cette fin du neuvième siècle, où l'on eut dit que les génies contradictoires des deux sociétés s'étaient donné rendez-vous dans la cité pontificale; où, sur un fonds d'intrigues dignes du nom grec, éclataient parfois des violences presque sauvages.

Il y aurait cependant injustice à transporter à toute la société romaine de cette époque ce qui est le fait de quelques-uns de ses représentants les plus en vue. Dans le jeu des choses humaines, ceux qui remplissent les premiers rôles et occupent le devant de la scène, ne sont pas toujours les fidèles interprètes des mœurs communes. C'est le malheur de l'historien de ne pouvoir guère atteindre que ceux-là, parce qu'ils ont fait plus parler d'eux, mais c'est aussi son devoir de prémunir contre l'illusion de ce rideau d'infamies et de crimes, derrière lequel se cachent quelquefois d'héroïques vertus.

Le premier coup d'œil que jeta le nouveau Pontife sur l'entourage que lui léguait son prédécesseur Hadrien II,

1. « Aliqiiantos utiles et oplimos Mauriscos cum armis ; quos Hispani cavallos Alpharaces vocant, ad nos dirigere non omittatis. » Lettre de Jean VIII au roi Alphonse (Migne, ep. 19).

2. V. Lettre de Jean VIII à tous les chrétiens (Migne, ep. 127, p. 780).

n'avait pas dû le réjouir outre mesure. Connaissant à fond le monde romain, Jean VIII eût pu dire tout de suite ce qu'il dira plus tard, qu'il y avait là quelques scélérats de la pire espèce. Arrivant au pouvoir avec de nombreux parents à établir, avec deux neveux surtout, Léon et Farulf, qui ne demandaient qu'à occuper les premières places dans l'Etat et dans l'Eglise ^, on s'attendait à le voir profiter de l'équivoque de certaines réputations, pour faire immédiatement la place libre à sa famille. Ce fut le contraire qui eut lieu. Tout le haut personnel de fonctionnaires installé par Hadrien II ou Nicolas 1" demeura en charge et en faveur.

Du premier coup, la politique de Jean VIII se montrait avec son caractère pratique, sa subordination des moyens au but à atteindre. Du moment que l'Empire restait aux mains de Louis II; qu'il n'y avait aucun espoir de modifier les relations de sujétion plus étroite que ce prince avait établies entre le pouvoir impérial et la papauté^, il parut à Jean VIII que le mieux était de continuer à utiliser des agents qui avaient du moins la faveur de l'empereur, et de ne pas donner des instruments nouveaux à une politique qui, dans sa direction la plus difficile, devait forcément rester la même.

L'apocrisiaire du Saint-Siège était alors une sorte de ministre d'Etat, à qui ressortissaient principalement les relations du Pape avec l'empereur et les autres princes de la chrétienté. Jean VIII laissa sa diplomatie aux mains de l'apocrisiaire et nomenclateur Grégoire, dont il dira plus tard que ses huit années d'administration n'avaient été qu'une longue suite de rapines et de malversations^.

L'armée continua d'obéir aux deux maîtres de la milice, Sergius et Georges de Aventino. Sergius, noble ruiné, avait refait sa fortune en épousant la nièce du pape Nicolas L''',

1. Farulf fut plus tard conseiller intime de Jean VIIL V. Lettre de Jean VIll à Charles le Gros (Migne, ep. 261, p. 882). 11 sera question plus loin de Léon.

2. V. Lihclliis de imperatorla poteslate in iirbc Roma (Pertz, Script., t. lil, p. 721).

3. V. Sententia l in Gregoriuni dans la lettre de Jean VIII à tous les. fidèles (Migne, ep. 24, p. 677) .

et devenu ainsi l'hôte du Latran et le familier de l'illustre Pontife, en avait profité pour voler tout l'argent des bonnes œuvres, pendant qne son oncle agonisait dans ses appartements ^

Georo:es de Aventino était moins estimable encore. Cet homme, à qui la justice pontificale devait à la fin faire crever les yeux -, avait commencé la série de ses exploits par l'empoisonnement de son propre frère, dont il convoitait la concubine. Sans le sou, comme Sergius, il s'était avisé ensuite qu'une dot opulente ferait mieux son affaire, et avait réussi à sortir de la misère en entrant dans la famille du Pape alors régnant, Benoît 111 ^.

Ce n'était vraiment pas une situation toujours enviable à cette époque d'être la nièce d'un pape. Très recherchées d'abord par les jeunes patriciens aux abois, qui voyaient dans ces riches mariages un moyen commode de payer leurs dettes et d'atteindre aux honneurs, il leur arrivait parfois, au changement de pontificat, d'être lâchement abandonnées, quand l'oncle n'était plus là pour fournir les subsides et maintenir les honneurs. La nièce de Nicolas V^ ne fut pas très heureuse avec Sergius, qui, un beau jour, la laissa là, pour courir le monde avec une certaine Valuisindula, sa maîtresse ^. Plus malheureuse encore avait été la nièce du pape Benoît 111 avec Georges de Aventino.

Non content de la tromper avec la fille de l'apocrisiaire Grégoire, ce soldat débauché et cupide en était venu à la prendre en haine, parce qu'il voyait en elle un obstacle à ses nouveaux desseins. Il ne lui avait pas fallu, en effet, grand effort pour comprendre l'avantage qu'il y aurait pour lui à devenir le gendre de ce ministre d'État, aussi puissant à Rome qu'auprès de l'empereur, et dont la fortune, encore à son début, pouvait survivre à plus d'un pontificat. Les Romains, qui d'ailleurs commençaient à s'habituer à ce genre de nouvelles, ne furent

Page 1