‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 46 sur 148 · V. Annales de Fulde, a. 863, p · texte numérisé non relu

V. Annales de Fulde, a. 863, p

Rastiz qui, au contraire des Bulgares, n'avait rien à craindre politiquement de l'empire byzantin, n'eut pas en conséquence les mêmes hésitations. Sa demande arriva à Byzance lorsque Boris s'interrogeait encore pour savoir s'il irait décidément de ce côté-là. Grâce à cet empressement, la Moravie bénéficia d'une mission qui, si elle eût échu d'abord à la Bulgarie, aurait peut-être changé toute l'histoire religieuse des Slaves.

Cyrille. — Il y avait alors à Byzance, attaché à l'église des Saints-Apôtres, et vivant dans la prière et l'étude, un prêtre, jeune encore, du nom de Constantin, mais que Phistoire préfère appeler Cyrille , du nom qu'il adopta lui-même le jour où, se sentant mourir, il se revêtit de l'habit monastique.

Comme pour marquer ses destinées futures, la Providence l'avait fait naître dans cette grande cité maritime de Thessalonique*, la seconde métropole de l'Empire, et l'une des meilleures écoles de l'Orient, pour s'initier aux langues et aux mœurs des Occidentaux et des Slaves. Du côté de la terre, dans quelque direction qu'il portât ses pas, le Thessalonicien ne pouvait marcher une heure sans se trouver au milieu de populations de race slave. Partout des Slavinies, ou sujettes ou vassales de l'Empire. Tandis que par l'antique voie Egnatia lui arrivaient d'Italie et de la côte dalmate des hôtes aux dialectes latins, dans le chaos cosmopolite de ses rues bruyantes retentissait sans cesse le rude parler slave des Drégovitches, des Sakoulates , des Strymoniens, qui venaient échanger le fruit de leurs troupeaux et de leurs champs contre les produits de la civilisation byzantine^.

Cyrille n'était encore qu'un adolescent , que déjà son ardeur passionnée pour la science avait dévoré la longue carrière des connaissances helléniques. Enlevé à sa famille et à sa ville natale par le logothète Théoctistos, qui cherchait un compagnon d'études, ou mieux un jeune mentor

1. En 827, puisque Cyrille est mort le 14 février de l'année 869, âgé de quarante deux ans. V. Vie de Constantin, c. xviii, p. 45.

2. V. Jean Gameniate, Z)e excidio Thessalonicensi, ch. ix (Migne, P. G,, t. CIX, p. 537.

pour le petit basileus Michel IIP, c'était à Byzance même, sous les maîtres les plus fameux de ce temps, que Cyrille s'était initié aux secrets de la philosophie, des mathématiques, de l'astronomie, de la musique, de tous les arts enfin qui s'enseignaient alors avec éclat dans la royale école de la Magnaura -. Il avait été l'élève d'un professeur de philosophie resté légendaire dans les annales byzantines, le philosophe Léon ^, récemment enlevé à son archevêché de Thessalonique, et à qui, selon toute apparence, le jeune Thessalonicien devait l'honneur d'avoir été signalé à l'attention du logothète ^. La dialectique lui avait été enseignée par un illustre savant encore à ses débuts, destiné à jouer plus tard un rôle retentissant, mais qui déjà se montrait ce qu'il sera toute sa vie, un grand charmeur d'hommes. Photius, dont c'est peut-être le mérite le plus incontestable de n'avoir presque jamais perdu un ami^, eut la gloire de compter parmi ses élèves le futur apôtre des Slaves 6, et de lui inspirer, avec la subtilité de sa logique, une amitié durable,

1. V. Vie de Constantin, c. m, ap. Dûmmler, p. 31. Peut-être Michel III, à la mort de son père Théophile, n'avait-il pas que trois ans, comme le disent les historiens byzantins du dixième siècle (v. le continuateur de Théophane, Vie de Michel III, c. i; ap. Migne, P. G., t. CÎX, p. 162; Syméon Magister. Vie de Théophile, c. xvii, ibid., p. 700). Mais c'était au moins un tout petit jeune homme, un {xeipàxiov, un v-jqtuioç, comme l'appellent des écrivains contemporains ou plus rapprochés de son temps. V. Georges le Moine, Préface, ap. Migne, t. CX, p. 48; le continuateur de Georges le Moine, Vie de Michelin, c. i, ibid., p. 1032 et t. CIX, p. 872. Cyrille, à cette même date (janvier 842), avait à peine quinze ans, étant né en 827.

2. V. le continuateur de Théophane, Vie de Michel III, c. xxix (Migne, t. CIX, p. 208).

Page 1