V. ibid., a. 872, p
encore était ce Liutbert, archevêque de Mayence, qui ne manqua presque aucun des grands coups d'épée de son temps, et qui, entre autres exploits, enseigna le christianisme aux Slaves de l'Elbe en ravageant leurs campagnes et en incendiant leurs villages ^
Toutefois, en dépit de ces obstacles, la foi chrétienne pénétrait peu à peu chez les Moraves. L'Allemagne n'était pas seule du reste à vouloir les christianiser. Il leur venait des missionnaires d'Italie et même de l'Orient byzantin 2. L'exemple de leurs voisins slaves du Balaton, déjà en grande partie chrétiens, n'était pas non plus sans exercer sur eux quelque influence. Au bout de dix-sept ans de règne, en 863, Rastiz sentit qu'il était temps de donner à ce travail d'évangélisation une impulsion plus énergique et plus uniforme. Il comprit surtout que s'adresser à l'Allemagne à cet eff'et, c'était lui fournir un nouveau moyen de domination.
Les succès du prince morave sur Louis le Germanique lui avaient déjà rendu la liberté de ses mouvements; il en profita pour s'adresser à Byzance^. Rome, sans doute, lui in- A spirait quelque méfiance*. L'union du Saint-Siège avec les rois carolingiens lui faisait craindre de ne pas rencontrer là toute la faveur dont il avait besoin ^. C'était précisément l'époque où le roi de Bulgarie, Boris, songeait, pour sa part, à se faire baptiser et à organiser religieusement ses Etats. Il est à croire que les deux princes s'étaient entendus; car nous les voyons, cette même année 863, en fort bons termes, et combiner ensemble une expédition contre l'Allemagne''. Mais
1. V. ATinales de Fulde, a. 872, 874 et 883, p. 385, 387 et 398.
2. V, Vie de Méthode, autrement dite Légende pannonienne, c. v, ap. Ginzel, Geschichte der Slawenapostel, 2^ édit., Codex, p. 25.
3. V. Vie de Constantin, c. xiv, édit. Dûmmler et Miklosich, p. 42; Vie de Méthode, ibid.
4. Il n'est nullement déraonlré , comme l'ont cru certains historiens (voir L. Léger, Cyrille, et Méthode,^ p. 81, n® 1), que Rastiz se soit alors adressé au Saint-Siège. La lettre d'Hadrien II, sur laquelle on se fonde (ap. Ginzel, ibid., p. 46), ne prouve rien. Il s'agit là d'une démarche plus récente.
5. En 864, Nicolas P^* fait des vœux pour le succès d'une expédition de Louis le Germanique contre Rastiz. Y. Lettre de Nicolas I" à Louis le Germanique (Migne, P. L., t. CXIX, p. 875, cap, xi).