V. Vie de Méthode, c. xiii, ap. Ginzel, p
2. M. L. Léger va jusqu'à dire qu'il faut le rejeter « dans le domaine de la fiction légendaire ». (V. Cyrille et Méthode, p. 154.)
3. Y. Dùmmler, dans VArchiv fur Kunde œsterreichischer Geschichtsquellen, t. XIII, fasc. I, p. 145 sqq. Une tentative malheureuse pour ébranler l'autorité de cette source vient d'être faite tout récemment. M. Friedrich, ayant eu la bonne fortune de mettre la main sur une lettre inédite d'Anastase le Bibliothécaire, de laquelle il appert indubitablement que certains documents mentionnés là par ledit Anastase ont été utilisés dans une légende relative à saint Cyrille et connue sous le nom de Légende italique, n'a pas voulu borner son ambition à ce modeste résultat. Il a cru qu'il pourrait, au moyen de cette découverte, renouveler toute l'histoire des sources pour la vie des saints Cyrille et Méthode. (V, Friedrich, Ein Brief des Anastasius hihliothecarius, dans les Sitzungsherichte d. philos. -philol. u. hist. Classe d, Akad. d. Wissenschaften zu Munchen, 1892, p. 394 sqq.) J'ai, pour ma part, le regret de penser que ses efforts n'ont pas abouti; qu'il n'a même pas redonné à la Légende dite Italique toute l'autorité qu'il croit, ni retrouvé tous les éléments dont cette légende est composée.
vie n'ait pas cru devoir éviter la conversation d'un patriarche qui était alors en communion avec le Saint-Siège ; avec qui Jean VIII — Méthode le savait mieux que personne, s'étant trouvé à Rome l'été précédent — entretenait des relations presque amicales ! Comme si un évêque d'origine byzantine eût été tenu, en pareille circonstance, à plus de rigueur que le Pontife romain lui-même ! En tout cas, bon ou mauvais, le contact a eu lieu ^ ; et ces dénégations ne prouvent qu'une chose, c'est qu'il est toujours périlleux d'apporter, dans l'observation des faits, des préoccupations confessionnelles, quelque légitimes qu'elles paraissent.
^ Le voyage de Méthode à Byzance est si peu un mythe que, dans sa lettre d'appel à Jean YIII, le malheureux archevêque avait fait part au Pape, comme c'était d'ailleurs son devoir d'évêque immédiatement soumis au Saint-Siège, de l'intention où il était de s'absenter de son diocèse. De là, dans la réponse de Jean VIII, cette disposition à laquelle on n'a rien compris jusqu'ici, et qui cependant est d'une grande clarté. Le Pape remettait le débat contradictoire à plus tard, quand Méthode, Dieu aidant, serait revenu de son voyage : cum^ Deo duce ^ reversus fiieris'^. Ceux qui exigeraient, pour être pleinement convaincus, que Jean VIII eût dit expressément de quel voyage il s'agissait, sont vraiment par trop difficiles. Sans doute, le prudent pontife s'est exprimé discrètement sur ce point comme sur les autres, et pour les mêmes raisons ; mais il n'est défendu à personne de se servir ici de son intelligence, surtout quand il en faut si peu.
Assurément, si Jean VIII avait pu lire dans l'avenir, s'il avait pu prévoir que le meilleur moyen de sauver l'œuvre de Méthode était encore de lui donner dès maintenant et dans
1. Et même d'assez près, puisqu'en prenant congé de Méthode, Photius l'avait embrassé : « osculatus eum est». (V. Vie de Méthode, c. xiii, p. 30.)
2. « Tamen cum, Deo duce, reversus fueris, quicquid jam dictus episcopus (le mscr. du Vatican porte : dictis epistolis , ce qui est manifestement une erreur de copiste) contra suum ministerium in te exercuit, utramque audientiam coram nobis discussam, adjuvante Domino, légitime fini trademus, et illius pertinaciam judicii nostri sententia corripere non omittemus. »
. (Migne, p. 929 b.)
le milieu romain tout l'éclat et toute la publicité possibles, je ne doute pas, pour ma part, qu'il n'eût ordonné à l'archevêque de Moravie de retarder son voyage à Byzance et de venir immédiatement à Rome avec son adversaire Wiching, dût-il en résulter pour le Saint-Siège un surcroît de difficultés. Mais une telle issue était en dehors des prévisions imaginables. Jean VllI ne vit dans cette remise d'un procès périlleux qu'un heureux expédient pour s'épargner à luimême un gros ennui, tout en procurant à Méthode un moyen sûr de ruiner l'intrigue ourdie contre lui et de triompher au pays des Moraves, le seul endroit du reste où, pour le moment, ce triomphe importât.
Dans le fait, la conséquence immédiate de la politique de Jean VIII fut de sauver Méthode et son œuvre. Partie de Rome aux environs du 23 mars ^, la réponse pontificale arriva vraisemblablement à son destinataire vers la fin du mois d'avril. C'était l'époque des grandes assemblées du printemps, lorsque de toutes les vallées de la Moravie les guerriers des tribus slaves accouraient à quelqu'une de ces vastes enceintes fortifiées, à l'un de ces « rings » immenses dont les Avars leur avaient laissé le modèle. Ils venaient là débattre entre eux les intérêts politiques et religieux de la nation; mais souvent aussi la réunion se terminait dans le bruit des armes, et les Moraves s*en allaient en poussant le cri de guerre, emportés à quelque aventure belliqueuse par Tinfatigable Swatopluk. L'occasion était excellente, pour Méthode, de frapper un grand coup et de démasquer l'imposture en présence de tout le peuple morave.
C'est bien en effet devant une assemblée de ce genre que nous met le récit de la Légende pannonienne^ récit d^ une concision extrême, mais auquel est, pour ainsi dire, resté attaché quelque chose du coloris et de l'émotion de cette scène fameuse. Nous sommes d'ailleurs en possession de ce qui avait manqué jusqu'ici pour bien comprendre les péripéties de Faction et apprécier la vraisemblance du dénouement. Non pas qu'on ait pu se méprendre sur la nature même du fait qui est raconté là. Nous assistons manifestement à la