‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 76 sur 148 · V. Jaffé-Lœwenfeld, p · texte numérisé non relu

V. Jaffé-Lœwenfeld, p

5. Son apocrisiaire est le même que le célèbre apocrisiaire Grégoire, condamné avec Formose en 876. V. Jaffé-Lœwenfeld, n° 3401. Galetti a nié à tort cette identité dans son traité Del primicero, p. 171.

en relations avec Photius \ également impitoyable aux perturbateurs des deux camps, ordonnant de crever les yeux à Tancien ennemi juré de Jean VIII, au trop fameux Georges de Aventino, et faisant battre de verges iine parente de ce même pape, la propre veuve du superista Grégoire, assassiné à l'avènement de Marin P''^.

Au moment où nous touchons au dénouement de cette histoire, c'est-à-dire vers la fin de l'année 885, l'arrivée au pouvoir du pape Etienne V venait de rendre toute sa vivacité au mouvement de réaction un instant interrompu. Tandis qu'à Byzance on était averti de ne plus avoir à traiter Photius en patriarche ^, le nouveau pontife romain se débarrassait d'un grand nombre des anciens conseillers du Saint-Siège. Une épuration importante avait lieu dans le personnel de la cour pontificale *, sous prétexte d'y faire entrer plus de savoir et de vertu. Peut-être la piété d'Etienne V, qui était très réelle et très ardente, avait-elle eu raison de s'alarmer de certaines mœurs trop mondaines ; mais, pour être justifiée, la mesure n'en restait pas moins périlleuse à quelques égards. Elle écartait des hommes au courant des affaires, des témoins et des acteurs du passé, laissant sans moyens vivants d'informations un pape assurément plein d'intentions excellentes, mais nouveau et sans expérience. Le danger apparaissait d'autant plus grand par rapport aux

1. Photius s'en est félicité dans son ouvrage sur la Mystagogie du Saint- Esprit^ au ch. IX : « 'ASpiavo; cuvoSixyjv vi[xTv i'KKS'zok^'^ , waTiep ^ôo; ■:ra)vaiov, àva'jri[x<|^aç » (Migne, P. G., t. Cil, p. 381) ; et l'on n'a aucune raison de dire que c'est une invention du fameux patriarche, d'autant plus que, pour tant faire, Photius aurait pu étendre son mensonge aux autres papes de ce temps. Bien au contraire, s'il se félicite de l'acte d'Hadrien III, il laisse A'-oir clairement que, avant et après lui, tous les papes n'ont pas imité son exemple.

2. V. Chronica S. Benedicti Casinensis [Monum. germ. hist., in-4, Script. Lang., p. 483) ; cf. Jaffé-Lœwenfeld, p. 427, où (( Gregorium » est mis faussement pour « Georgium ». L'identité de la Maria saperistana des Chroniques du Mont-Cassin avec la femme du superista Grégoire se tire d'un acte de permutation de biens, édité dans les Aimales Camalduenses, t. I, Append., p. 56.

3. V. Lettre d'Etienne Va l'empereur Basile. (Mansi, t. XVIII, p. 12.)-

4. Si importante que l'auteur de la biographie d'Etienne V, dans le Liber pontificalis, a cru devoir la signaler. V. éd. Duchesne, t. II, p. 192, n° 644.

actes de Jean VIII, que, durant ce pontificat, Etienne V avait été tenu à l'écart ^

Pour comble de malheur, disparaissait dans le même temps le témoin matériel qui, à lui seul, aurait pu suppléer au défaut de témoignages vivants ; qui, spécialement dans la cause du slavisme, eût suffi à dissiper tous les doutes et toutes les intrigues. On n'a pas sans doute perdu de vue la démonstration que nous avons donnée jadis de la mutilation opérée sur le Registre de Jean VIII, et du vol qui en enleva plus de la moitié des archives pontificales -. Quant aux auteurs de cet audacieux coup de main, il nous semble également n'avoir rien négligé pour faire voir comment Formose et ses amis avaient profité de leur rentrée en faveur pour l'exécuter, comment ils avaient anéanti ou recelé toute la partie du Registre qui renfermait les pièces de leur procès ^. Vraisemblablement, le but des Formosiens, dans la perpétration de ce rapt, n'allait pas au delà de leur intérêt personnel ; ils n'avaient visé qu'à effacer la marque de leur propre infamie. Peut-être même ignoraient-ils à l'origine que le morceau du Registre qu'ils avaient emporté du Latran contenait les lettres de Jean VIII en faveur delà liturgie slavonne et des institutions moraves. Mais ils n'étaient assurément pas d'humeur à se dessaisir de leur proie, sans autre profit que de Sauvegarder des décisions que, selon toute apparence, ils n'approuvaient pas. Leur antipathie pour tout ce qui venait de Byzance ne leur eût-elle pas fait un plaisir de la ruine d'une œuvre presque entièrement byzantine, qu'ils n'en auraient pas moins gardé le secret, ne fût-ce que pour ne pas trahir leur larcin.

Il y a plus. Ainsi mutilé, le Registre de Jean VIII, bien loin d'être un obstacle aux faussaires, pouvait leur servir d'argument et de confirmation. Dans sa partie non dérobée et qui restait seule aux archives, à la disposition du pape Etienne V, se trouvaient les lettres des trois premières indictions, c'està-dire de l'époque où Jean VIII ne s'était pas encore décidé

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