V. ci-dessus, p. 130 et ne
à permettre la liturgie slave, où même il l'avait formellement défendue. Il y avait là, entre autres, les Instructions remises en 873 à l'évêque Paul d'Ancône, lequel, nous le savons par Jean YIIl lui-même, avait mission d'interdire à Méthode l'emploi liturgique de la langue slave ^ Toutes les présomptions seraient en faveur d'un document qui ferait tenir plus tard à Jean VIII un langage identique et rétablirait ainsi l'harmonie entre ses décisions. Wiching pouvait donc maintenant venir à Rome avec sa fausse lettre. Personne, dans l'entourage d'Etienne V, ne semblait en mesure ou en goût de déjouer ses artifices.
Cependant, pour tout dire, il y avait bien à proximité du Saint-Siège, dans le palais même du Latran, un endroit où l'on ne devait pas ignorer les décisions de l'année 880, un milieu où la vraie lettre de Jean VIII à Swatopluk ne pouvait guère être un secret. C'était le collège des notaires pontificaux, de ceux qui avaient alors la charge de mettre au net les actes du Saint-Siège et de les enregistrer. L'épuration commandée par Etienne V dans le personnel de ses fonctionnaires ne l'avait pas sensiblement modifié, et il s'y trouvait encore trois des anciens notaires du temps de Jean VIII, Grégoire, Anastase et Benoît-. Etait-ce l'un de ces trois qui avait eu jadis la tâche de copier la lettre de Jean VIII au prince morave? On ne saurait le dire. Mais il est difficile d'admettre qu'ils n'aient pas du moins eu vent de cette rédaction, la communauté d'emploi et le contact journalier qu'elle impose ayant pour résultat ordinaire de faire passer à l'un les connaissances de l'autre et de mettre en commun
1. « Jam litteris nostris per Paulum Anconitanum tibi directis prohibuimus. » Lettre de Jean VIII à Méthode. (Migne, ep, 239^ p. 850.) Une partie des Instructions remises à Paul d'Ancône est arrivée jusqu'à nous par la collection britannique. (V. Jaffé-Ewald, n° 2976.) Malheureusement, les trois premières Indictions du Registre de Jean VIII laissées au Latran n'ont pas eu la même chance que la partie dérobée par les Formosiens. Elles ont péri; et nous n'avons plus la lettre de 873 qui interdisait la liturgie slave. A ce point de vue, le vol des Formosiens n'est pas absolument regrettable : sans lui, nous n'aurions plus que des lambeaux de la correspondance de Jean VIII.
2. Il nous reste neuf lettres pontificales écrites de la main de Grégoire^ trois sous Jean VIII et six sous Etienne V (V. JafFé-Ewald-Lœwenfeld,
les petites comme les grosses nouvelles du métier. Malheureusement les fonctionnaires, même à Rome, ne sont pas nécessairement incorruptibles, surtout dans un milieu un peu subalterne et à l'abri des responsabilités trop apparentes. L'or allemand avait de quoi trouver là son emploi, d'autant plus qu'il ne s'agissait que d'acheter le silence, la chose du monde où le marché répugne le moins, parce qu'il est le moins compromettant. S'il fallait désigner, parmi ces notaires suspects, celui que le soupçon atteint davantage, le plus capable d'avoir reçu la grosse somme, on serait tenté de nommer Grégoire ; car c'est lui que l'on verra par la suite toujours empressé à prêter le concours de sa plume lorsqu'il s'agissait de rédiger un acte pontifical au profit de quelque intérêt germanique K
Encore, si les collègues récemment adjoints aux anciens notaires de Jean VIII eussent été aptes à les surveiller ! Mais leur nouveau secondicier, le sous-chef de l'office, n'était autre qu'un Formosien de marque, un excommunié de l'année 876, ce même Etienne ^ dont Jean YIII avait dit que c'était un homme avide d'argent, un avare prêt à tous les profits honteux 3. Il ne fallait pas compter davantage sur le personnage qui, à l'époque du séjour de Méthode à Rome, administrait la bibliothèque et les archives pontificales. Zacharie n'avait assurément pas la moindre envie de renverser la politique orientale de Jean YIII, pas plus en Moravie qu'à Constanti-
nos 3066, 3104, 3230, 3429, 3457, 3468, 3469) ; d'Anastase, il nous en reste cinq, quatre sous Jean YIII et une sous Etienne V [Ibid.^ n»* 3052, 3053, 3107, 3381, 3465); deux seulement sont écrites par Benoît, une sous chaque pontificat {Ibid., n°s 3033, 3455).
1. 11 n'est même pas une seule des lettres d'Etienne V écrites de la main de Grégoire, parmi celles qui sont arrivées jusqu'à nous, qui n'ait rapport à une affaire d'Allemagne. V. JafFé-Lœwenfeld, n°5 3429, 3457, 3468,
2. Il existe encore deux lettres d'Etienne V, dont le « datum » est au nom d'Etienne, secondicier du Saint-Siège. (Y. Jaffé-Lœwenfeld, n"^ 3466, 3467.) C'était d'ailleurs la charge qu'il occupait sous Jean VIII, avant son excommunication.
3. « Stephanum secundicerium, qui diversas ecclesias spolians per avaritiam turpisque lucri compendia. » Lettre de Jean VIII à tous les fidèles. (Migne, ep. 24, p. 677.)
nople. Il y avait lui-même trop poussé, trop collaboré. Du premier jour il s'était déclaré pour Photius contre Ignace. Les sévérités de Nicolas P"" à son égard, son excommunication, sa dégradation ^ ne l'avaient point fait changer de sentiment. Aussi, lorsque en 879 Jean VIII eut résolu de procéder à la réintégration du patriarche byzantin, s'empressa-t-il d'appeler ce vieil ami de Photius dans les conseils du Saint- Siège et de lui confier la charge de bibliothécaire apostolique, laissée vacante par la mort du célèbre Anastase -. A ce titre, Zacharie n'avait pu manquer d'être initié, probablement même de collaborer à l'acte pontifical de 880 en faveur de Méthode et des institutions moraves. On peut donc croire que si Zacharie se fût trouvé à Rome du temps d'Etienne V, les fabricants de fausses lettres auraient éprouvé quelque mécompte, d'autant mieux que ce bibliothécaire pouvait avoir son franc parler avec un pape qui n'était pas seulement son parent, mais qui avait été son élève ^. Le malheur est qu'on ne retrouve plus la trace de Zacharie, à partir du pontificat de Marin P^ Son action dans les affaires romaines a certainement cessé, soit qu'il fût déjà mort, comme quelques-uns le pensent*, soit que devant la réaction amenée par l'élection de Marin, ce conseiller trop compromis de Jean VIII eût jugé à propos de se réfugier dans son évêché d'Anagni et d'y finir, loin du tracas et des périls, les derniers jours de sa vieillesse ^.