V. Légende pannonieune, ch. xvii. (Ginzel^ Codex, p
2. « Pax in Oriente inter Arnolfo et Zwentibaldo, praesentibus scilicet Baiowariorum principibus, jurejurando constare firmatur. » Ann. Fuld., Contin. Ratisb., a. 885, p. 114.
3. « Eum vobis remisimus, » écrira un peu plus tard à Swatopluk le pape Etienne V(Ginzel, p, 65-66); d'où il appert que Wiching était déjà retourné auprès du prince morave et l'avait regagné à sa cause.
4. Sur la date de la lettre, V. Jaffé-Lœwenfeld, n» 3407. C'est un résultat qui est dû au P. Martinov. V. Revue des questions historiques, t, XXXVIII, p. 369.
5. On peut remarquer cependant que, tout en imitant l'exorde de Jean VIII sur le protectorat demandé par les Moraves, Etienne V en tempère les termes d'une manière très significative. Il ne s'agit plus guère que d'une obédience religieuse, d'une filiation spirituelle. Où Jean VIII avait dit « unicum filium », Etienne V met u spiritualem fîlium ».(Cf. Migne, p. 905, et Ginzel, p. 64.) Les nouvelles dispositions de Swatopluk rendaient sans doute ce changement nécessaire.
pour son faux de la vraie lettre de Jean YIII, en avait naturellement gardé l'empreinte et recueilli les formules. Le cauchemar d'un pape sciemment faussaire et imposteur, en matière aussi grave, s'évanouit.
Il n'en est pas moins profondément regrettable qu'une pareille erreur se soit produite. Car ce n'est pas seulement sur la conduite d'Etienne V qu'elle a exercé son influence. Il est manifeste que les papes qui, après lui et durant des siècles, continuèrent à interdire absolument l'usage de la liturgie slave, n'avaient pas connaissance des vraies décisions de Jean VIII ^ Chose curieuse, et qui vient encore à l'appui de nos conclusions ! Le Saint-Siège ne commença à se relâcher partiellement de ses prohibitions qu'à partir du treizième siècle, lorsque le Registre de Jean YIII eut été connu dans Rome par la copie du Mont-Cassin, lorsque surtout cette copie fut entrée dans la bibliothèque pontificale-.
Cependant l'imposture de Wiching avait produit ses résultats en Moravie. Sous le coup de la lettre d'Etienne V, bientôt suivie et confirmée par une légation pontificale ^, le parti slave ne put se maintenir.
1. On peut en juger par les décrets de Jean X, de Jean XIII, d'Alexandre II et de Grégoire VII (Ginzel, Codex, p. 75-91), où pas une fois le nom de Jean YIII n'est prononcé.
2. Le manuscrit du Mont-Cassin a passé dans la bibliothèque du Saint- Siège, dans la seconde moitié du treizième siècle, vraisemblablement sous le pontificat de Clément IV (1265-1268) ; mais il était déjà à Rome depuis quelque temps, dans la bibliothèque du chanoine Bérard (Y. ci-dessus, p. 4). Or, la première concession en faveur de la liturgie slave est d'Innocent IV, en 1248 ; puis vient celle de Clément YI en 1346. Enfin, Urbain YIII et Innocent X sont si bien au courant des vraies décisions de Jean VIII qu'ils s'y réfèrent nonimément. Y. Ginzel, ibid., p. 92-99.
3. Dans le courant de la cinquième Indiction (886-887). En effet, contrairement à l'opinion adoptée par Lœwenfeld (J. n° 3408), il me paraît impossible démettre à la môme date la lettre d'Etienne Y et la légation dont nous possédons encore le Commonitorium. Outre que la place de ce CommonitO' rium dans le Registre y fait un sérieux obstacle, il semble bien qu'au moment où il rédigeait ses Instructions aux légats, Etienne Y avait sur les derniers événements de Moravie des informations qu'il ne possédait pas encore quand il écrivit sa lettre à Swatopluk : il sait alors, et blâme la désignation qu'avait faite Méthode de son successeur. [Neues Archiv, t. Y, p. 410).
Deux ans après, il n'y avait plus un seul des disciples de Méthode dans les États de Swatopluk. Maltraités, proscrits, ils s'étaient réfugiés pour la plupart chez les Bulgares, et avaient acclimaté dans ce milieu trop accessible à l'influence des idées byzantines, cette liturgie nationale dont l'Occident ne voulait pas*. Un moment, le pape Jean IX avait essayé de reprendre la politique de Jean VIII, sinon dans la restauration du slavisme religieux, du moins en redonnant aux Moraves une hiérarchie ecclésiastique indépendante de l'étranger ~. Mais il était trop tard. Pendant que Ton négociait, la Moravie agonisait sous le sabot des chevaux hongrois.
1. V. Vie de Clément, ch. xiii sqq. (Migne, P. G., t. CXXVI, p. 1218 sqq.
2. V. la lettre de plaintes écrite à ce sujet au pape Jean IX par les évêques bavarois, ap. Ginzel, Codex, p. 68-69.
Ce que nous avons fait pour la politique orientale du pape Jean VIII, nous voudrions maintenant l'entreprendre pour sa politique occidentale. Le sujet en vaut la peine ; car il n'en est pas qui mette mieux en position d'examiner cette fameuse institution impériale, renouvelée à l'entrée du neuvième siècle par l'initiative du Saint-Siège, et dont l'influence surles destinées de l'Europe devait être si considérable. Aucun pape n'a été aussi souvent que Jean VIII aux prises avec le problème impérial; aucun n'a eu à se mêler aussi souvent de la transmission de l'Empire, de son but, de ses droits, de ses devoirs; aucun, par conséquent, n'a aussi souvent tenu entre ses mains la fortune de la France, de l'Allemagne et de l'Italie, ces trois grandes parties du monde franc le plus immédiatement sensibles aux mouvements du nouvel organisme politique.
Qu'est-il résulté de cette incessante application de l'illustre pontife ? Le traitement auquel il a soumis l'œuvre de ses prédécesseurs l'a-t-il rendue meilleure, ou pire ? L'a-t-il guérie de ses défectuosités originelles, ou faut-il croire que l'Empire est sorti des mains de Jean VIII plus infirme, moins capable de réaliser le seul idéal qu'un pape pût se promettre, c'est-à-dire de garantir efficacement les intérêts du Saint- Siège et des Romains sans nuire aux légitimes aspirations des autres souverains et des autres peuples ? Aux yeux des Italiens modernes, pour qui rien ne vaut l'honneur d'appartenir à un grand pays, la rénovation de l'Empire romain au profit des Francs est le crime capital de la papauté. Il paraît que ce jour-là fut signé l'acte de perpétuelle servitude de la
nation italienne, l'odieux contrat qui devait, pour des siècles, livrer cette malheureuse patrie à l'invasion étrangère, et retarder jusque dans ces derniers temps la réalisation de son unité nationale ^ Les plus échauffés d'entre ces patriotes ne voient dans l'œuvre du pape Léon III, acceptée par le roi Gharlemagne, qu'une ambition de prêtre servie par la complaisance d'un sacristain ^.
Jean VIII, à pareil compte, aurait dû trouver grâce devant les sévérités italiennes, puisque son but à lui, d'après l'opinion courante, fut de paralyser l'action impériale dans la péninsule, en choisissant un empereur très lointain et très nul, un simple fantôme d'empereur comme Charles le Chauve. Mais comme l'artificieux pontife n'aurait évincé l'Empire que pour devenir lui-même le maître tout-puissant de l'Italie ; comme, d'autre part, la domination sacerdotale constitue, dit-on, un fléau pire encore que la domination étrangère, il se trouve que la plus grosse part des anathèmes est allée à Jean YIII et à son fantoche impérial.
Le jugement sur la politique de Jean VIII n'est guère plus flatteur dans les autres pays, encore que prononcé sur un ton moins acerbe, et inspiré par des motifs d'un ordre différent. Gela se conçoit de reste. Dans de semblables questions, alors même que tout le monde raisonne sur une base de faits commune et inébranlable, il est toujours difficile de s'entendre, le bon et le mauvais n'étant le plus souvent, en ces matières, que le rapport à des intérêts ou à des droits, dont chacun mesure l'importance et fixe les limites selon l'état particulier de son esprit. Mais, ici, à la difficulté de tenir son jugement à l'abri des influences purement subjectives s'ajoute rinsécurité du terrain sur lequel on se débat. Il s'agit déjuger une œuvre qu'on connaît mal, où la matérialité même des faits est en question. Ceux qui sont allés à la
1. Pour ne pas sortir du monde savant, voyez la préface au Codex diplomaticus Langohardise, par G. Porro-Lambertenghi, dans VHistoria patrise, Monuin., t. XIII, p. 58.
2. A tel point que Comparetti, homme d'esprit et de savoir, mais dont le patriotisme égarait apparemment l'odorat, déclare avoir senti sur la personne de Gharlemagne « un assai antipatico puzzo di sacristia w. Cf. Bévue des Deux Mondes, a. xlvii, t. XIX, p. 526.
découverte sur ce sol périlleux en sont revenus avec des relations contradictoires, et plaident le pour et le contre avec un égal appareil de savoir.
Le plus clair du résultat acquis jusqu'à présent, c'est qu'on ne saurait dire en quoi a consisté la politique impériale de Jean VIII, ni môme s'il y a eu une politique impériale propre à Jean YlII. Le monument construit par l'ingénieux pontife a été si bien ravagé par le temps ; la barbarie des âges postérieurs a passé sur lui avec une telle violence, renversant tout, couvrant tout d'une épaisse poussière, qu'à peine reconnaît-on l'emplacement où ses ruines demeurent enfouies. Pour se flatter en pareil cas de tout retrouver et de tout remettre sur pied, il faudrait plus de confiance en soi que nous n'en possédons, ou plus de foi qu'il ne convient dans le dieu de la pioche et du levier. Mais à défaut d'une restauration complète de l'édifice, nous pouvons espérer en reproduire avec netteté et exactitude le plan, les grandes lignes et la destination. Il y a encore dans \e Registre de Jean VIII plus d'une trouvaille à faire ; et, parmi les autres matériaux que la critique a vainement tenté d'utiliser, il en est quelquesuns qui nous ménagent une heureuse surprise. Si cette étude n'aboutissait pas à transformer chaque lecteur en fervent admirateur du pape Jean VIII, nous n'en serions pas autrement surpris. Aussi bien ne visons-nous qu'à mettre en mesure déjuger désormais l'homme et l'œuvre en meilleure con-* naissance de cause; qu'à restituer à une grande entreprise oubliée son caractère original et sa gravité exceptionnelle.
Mais force nous est de commencer par un travail préparatoire de déblaiement, à l'effet de dégager les abords d'une source importante où l'on ne saurait actuellement puiser sans péril. La dernière étude — après tant d'autres — qui ait paru en Allemagne sur cet infortuné document Ta mis franchement en interdit; on a dépensé beaucoup d'érudition à prouver qu'il n'y avait presque rien à tirer de là pour l'histoire des rapports de l'Empire avec le Saint-Siège au neuvième siècle ^ Que cette érudition ait été aussi heureuse qu'abon-
1. Celte étude est celle qu'a publiée Ferdinand Hirsch, en 1880, sous ce litre : Die Schenkung Kaiser Karls des Kalilen fur Papst Johann VIII. und
dante, c'est une question que nous allons tâcher de résoudre.
Sujet et but du Libelle. — Quinze années s'étaient à peine écoulées depuis la mort de Jean VIII, que commençait contre l'état de choses créé par lui, une violente campagne de réaction, dont une pièce importante est parvenue jusqu'à nous^. Dans cet écrit célèbre, que les historiens ont l'habitude de désigner sous le nom de Libellas de imperatoria potestate in iirhe Roma, mais qu'il vaudrait mieux, je pense, appeler le Libelle impérialiste de Spolète — je dirai tout à l'heure pourquoi — la convention arrachée par Jean VIII à la faiblesse de l'empereur Charles le Chauve était dénoncée comme illégale et pernicieuse, comme ayant causé tous les malheurs récents de l'Italie, et violé du même coup les droits de l'autorité impériale, ceux de la couronne d'Italie et les privilèges du duché de Spolète. Aux termes de ce pacte, l'Empire, lisait-on dans le Libelle^ n'avait plus ni à intervenir dans les élections pontificales, ni à exercer la justice sur les Romains par l'intermédiaire de missi permanents, ni à percevoir le cens de certaines abbayes fiscales, comme Sainte-Marie de Farfa, Saint-Sauveur et Saint-André du mont Soracte -; la royauté d'Italie, de son
der Lihellus de imperatoria potestate in Urhe Roma, dans les Forschungen zur deiitschen Gcschichle, t. XX, p. 127-164. Depuis, Hirsch s'est appliqué à défendre son opinion dans YHistorische Zeitsclirift de Sybei, 1887, p. 258- 261, à rencontre des opinions contradictoires émises par M. Gasquet dans son Jean VUI et la fin de V Empire carolingien. Mais ce qui avait donné occasion à sa première étude, c'était le travail publié par J. Jung, dans les mêmes Forschungen, au t. XIV, p. 409-456, sous ce titre : Ueber den sogenannten Lihellus de imperatoria potestate in Urhe Roma^ et dont les conclusions tendaient à établir que le Lihellus en question constituait un précieux témoignage de la politique de Jean VIII.
1. L'ouvrage a été retrouvé et publié pour la première fois par le centuriateur de Magdebourg, M. Flacius Illyricus, d'après un manuscrit qui s'est malheureusement perdu. V. Catalogus testium veritatis^ Strasbourg, 1562, t. I, p. 89, sqq. La dernière édition est celle des Monumenta Germanise historica, SS., t. III, p. 719-723, reproduite dans le t. CXXXIX de la. Patrologie latine de Migne, p. 50-56. C'est à Migne que je me réfère ici.
2. « Qui (Carolus) veniens Romam, renovavit pactum cum Romanis, per-
côté, se voyait privée d'une partie considérable de son domaine parla cession au Saint-Siège du duché de Spolète et des cités •du territoire bénéventain *. Quant au duc de Spolète, par sa subordination au pape, il perdait sa vieille situation privilégiée, rhonneur qu'il avait eu jusque-là d'être, auprès des Romains, l'agent et le représentant officiel du pouvoir impérial et royal. Or, tout cela, assurait-on, était contraire à la constitution primitive, à la tradition, à la pratique constamment en vigueur depuis la fondation de l'Empire romain et à travers toutes les évolutions de son histoire. Tout cela, par conséquent, ne pouvait avoir qu'un caractère passager, révolutiopnaire, sans force juridique ni consistance légale-. Enfin — et c'était là que tendait finalement l'auteur du Libelle — tout cela devait être modifié et ramené à l'ancien état de choses : l'Empire devait recommencer à se mêler des élections pontificales, à rendre la justice chez les Romains et à toucher les redevances des trois grandes abbayes fiscales ; la couronne d'Italie devait reprendre ses terres, le duché de Spolète, son rang et son rôle.
On peut, si l'on veut, fouiller l'ouvrage dans tous ses recoins, en peser tous les termes, on ne lui trouvera pas d'autre objet ni d'autre but. D'après l'opinion qui domine actuellement, l'auteur du Libelle aurait principalement travaillé pour la royauté italienne, et non pour l'Empire^. C'est manifestement une erreur. Le libelliste travaille à la fois et autant
donans illis jura regni et consuetudines illius, triljuens illis sumptus de tribus supradictis monasteriis, id est, Domini Salvatoris, et beatœ Marioe semper virginis in Sabinis, atque sancti Andreœ juxta montem Soracti, et de caeteris quam plurimis monasteriis fiscalia patrimonia... Removit etiam ab eis regias legationes, assiduitatem vei praesentiam apostolicœ electionis. » Migne, t. CXXXLX, p. 56.
1. « Patrias autem Samniœ et Calabriœ simul cum omnibus civiLatibus Beneventi eis contulit, insuper ad dedecorem regni totum ducatum Spoletinum cum duabus civitatibus Thusciœ, quod solitus erat habere ipse dux, id est Aricium et Clusium, quatenus ut is, qui prœerat regia vice ante, Romanis videretur post esse subjectus. » Ibid.
2. « Quid pluraPcuncta illis contulit quae voluerunt^ quemadmodum dantu illa, quœ nec recte adquiruntur nec possessura sperantur. » Ibid.
d. Y. Jung (Forschungen, t. XIV, p. 418-419), et liirsch {Ibid,, t. XX, p. 137), qui, sur ce point, sont pleinement d'accords
pour TEmpire, la royauté d'Italie et le duché de Spolète Voilà pourquoi on le voit toujours employer indifféremment les mots « royaume )) et « empire », et donner aux droits qu'il réclame tantôt le nom de « royaux », tantôt celui d' « impériaux*». Yoilà pourquoi il ne décrit jamais la situation de l'Empire et de la royauté à une époque, sans ajouter, avec une complaisance visible, quelle était alors la situation du duc de Spolète 2. A parler rigoureusement, le caractère propre du Libelle est de servir une cause qui est commune et indivise à V Empire^ à la couronne d Italie et au duché de Spolète.
Cette première rectification est d'une importance capitale. Elle nous oblige tout d'abord à nous retirer du temps et du milieu que l'on assignait jusqu'ici à la composition du Libelle. Cette composition, tout le monde avait fini par le reconnaître, ne pouvait être reculée au delà de l'année 968, puisque Benoît de Saint-André, qui écrivait aux environs de cette date, avait connu et utilisé le Libelle en question^. Mais on s'obstinait à ne pas remonter plus haut que le milieu du dixième siècle, et l'on s'épuisait en vains efforts pour reconstituer à cet endroit un cadre historique où pussent s'adapter les tendances et les préoccupations de l'écrivain impérialiste, encore qu'il n'existât plus alors ni empereur ni duc de Spo-
1. « Imperialis virtus », « imperatorum consuetudo », « regius honor », « regia dignitas », « consuetudines regni », toutes ces expressions se retrouvent indistinctement sous sa plume et désignent une même chose.
2. « Spoletanorum dux Romae constitutus est vice régis. » (Migne, p. 51 D.) « Mittebatur dux Spoletinus, etc. » [Ibid., p. 53 c.) Et lorsqu'il parle de l'abaissement de Spolète, il le fait en termes particulièrement indignés, qui montrent bien que là est, pour lui, l'endroit sensible : « insuper ad dedecorem regni totum ducatum Spoletinum, etc. » {Ibid., p. 56 b.)
3. L'utilisation du Libellas par le moine de Saint-André a été mise hors de doute par Jung { Forschungen, t. XIV, p. 412-413). Il n'y pas de doute non plus que l'empereur Otton III ne se soit servi du Libellas pour la rédaction de son diplôme de l'an 1001 au pape Silvestre II. (V. Wilmans, Jahrbûcher, Otto III, p. 238.) Quant à l'authenticité de ce diplôme, on n'a aucune raison sérieuse de la contester. (V. Jung, ibid., p. 452 sqq. ; et Sickel, Monum. Germ. histor., in-4, Diplomata reg. et imperat. Germanise, t. IIj part. II, p. 819.) Plus tard, au douzième siècle, un autre emprunt est fait par l'abbé d'Aura, Ekkehard. (V. Simson, dans les Forschungen zur deatschen Geschichte, t. XXV, p. 374-375.)
LE LIBELLE IMPÉRIALISTE DE SPOLÈTE m
lète aspirant à l'Empire^. Il faut maintenant abandonner, bon gré mal gré, ce mauvais poste d'observation, et se transporter au neuvième siècle. Il n'y a, en effet, qu'une seule époque où les intérêts de l'Empire, de la couronne d'Italie et du duché de Spolète se soient trouvés inséparablement unis, où qui travaillait pour les uns^ travaillait nécessairement pour les autres. C'est le temps où les ducs francs de Spolète, après s'être fait proclamer rois d'Italie par les grands feudataires du royaume, réussissent à obtenir du Saint-Siège l'onction et la couronne impériales : période assez courte du reste et parfaitement définie, qui va de l'année 891, où le premier des ducs de Spolète, Guy, fut sacré empereur par le pape Etienne V^, jusqu'au déclin de l'année 898, quand mourut prématurément le jeune empereur Lambert, emportant avec lui dans la tombe les dernières espérances ainsi que les dernières prétentions de sa maison à l'Empire et à la couronne d'Italie 3.
En fin de compte, nous sommes désormais enfermés dans un cercle de huit années, et force nous est de retrouver, sans en sortir, l'origine et l'explication du célèbre Libelle, c'est-à-dire de découvrir s'il y a eu véritablement, de la part des empereurs spolétains, une campagne de revendications contre Rome identique à celle que le Libelle nous représente. La recherche paraîtra longue peut-être, et le but^ à certains moments, au lieu de se rappirocher, semblera fuir. Mais il y a ici plus qu'une date importante à fixer, il y a toute une suite de graves événements à remettre dans un meilleur jour, des personnages et des mœurs à rendre à la vie.
Rome et Spolète. — A peine s'est-on installé en face de TEmpire spolétain de 891 à 898, pour y chercher la trace du
1. Hirsnh et Jung sont d'accord pour placer la composition du Lihellus aux environs de l'an 940. (V. Forschungen, t. XX, p. 137, et t. XIV, p. 415 sqq. ) Sickel dit : aux environs de l'an 950 [Monum. Germ. hist., ibid., p. 819).